Nightborn
5.6
Nightborn

Film de Hanna Bergholm (2026)

Pour offrir une enfance heureuse comme elle l'a vécue elle-même loin du tumulte citadin à sa future progéniture, Saga réussit à convaincre son âme sœur anglaise, Jon, de tout quitter et de s'installer avec elle au fin fond de la forêt finlandaise, au sein de la maison délabrée de sa grand-mère décédée (oui, l'amour est capable de tout).

Quelques coups de marteaux et de peinture plus tard, leur petit nid idéal est inauguré avec l'arrivée de leur premier enfant. Mais l'ère de bonheur familial promise et tant désirée se heurte rapidement au regard de Saga sur ce bébé bizarrement très poilu... aux cris gutturaux bien plus rauques que la moyenne... et ayant une soif bien plus prononcée pour le sang que pour le lait maternel.


Après avoir fait voler en éclats le modèle de soi-disante perfection dans laquelle grandissait une adolescente propriétaire d'un mystérieux œuf avec "Egō", Hanna Bergholm continue de creuser le sillon de l'horreur comme métaphore de l'autodestruction de la cellule familiale en se focalisant cette fois sur le passage parfois éprouvant à la maternité et la spirale de folie dépressive post-partum qui peut en résulter.

Là où l'exposition de l'amour du couple s'achève sur les cris d'un orgasme de Saga au milieu de la nature, le film fait directement fusionner ces derniers à ses hurlements de douleur lors de son accouchement "explosif", marquant l'arrivée de son enfant dans une flaque de sang dont il ne pourrait plus jamais se dissocier aux yeux de Saga. Et c'est d'ailleurs là que surgit une des plus belles idées de mise en scène de "Nightborn": ce bébé "monstre" ne nous sera jamais dévoilé entièrement, seulement par plans resserrés sur ses particularités physiques ou en silhouette laissée dans la pénombre, et toujours via le regard que pose Saga sur lui, permettant au doute de s'installer entre ce que peut être sa véritable nature et la noirceur que Saga projette sur lui à travers ses grandes difficultés à embrasser sa nouvelle condition de mère.


Ainsi, sous prétexte d'un folklore évidemment bien ancré dans ce contexte nordique, "Nightborn" aborde avec justesse une bonne partie de la kyrielle de causalités laissant une jeune mère perdue dans la souffrance post-partum en train de dévorer sa stabilité mentale.

Le délitement du couple qui ne se comprend plus après la naissance, un corps marqué par l'accouchement que l'on peine à reconnaître, le jugement péremptoire des autres sur son enfant et sa manière de l'élever, les pleurs hystériques permanents transformés en grognements infernaux, la peur de reproduire un schéma maternel dépourvu d'affection que l'on a soi-même subi, l'inévitable comparaison avec un lien mère-fille idyllique (sa sœur et son enfant), la solitude ressentie face à un cercle d'amies ayant continué à évoluer dans une bulle à part, ... À la fois sensible et solide dans sa démonstration, Hanna Bergholm maîtrise son sujet avec l'aide d'une très impliquée Seidi Haarla (la prestation de Rupert Grint est aussi à saluer) et de certaines manifestations sauvages plutôt bien vues de son nourrisson.


Seulement, si vous êtes déjà familiers de ce sujet douloureux traité par le prisme de l'horreur, "Nightborn" a malheureusement très peu de chances de vous surprendre tant il se suit une voie métaphorique un peu trop scolaire -voire en pilote automatique- que d'autres ont déjà empruntés avant lui.

Cela se ressent d'autant plus qu'une fois explorée la pluralité des maux de Saga ne pouvant que l'enfermer toujours plus au sein d'un engrenage de folie croissante, "Nightborn" ne paraît plus savoir quoi dire de plus, se laissant même aller à un dernier acte certes cohérent dans sa manière de conjuguer altérité et bestialité mais aussi terriblement attendu et facile avec sa façon de pointer du doigt un protagoniste mis à l'écart par son incompréhension palpable et devenu, forcément, cible idéale à abattre comme clou du spectacle.


Même dans ces dernières minutes, Hanna Bergholm offre quelques très belles scènes à cette parabole sur des cris de douleurs intimes trop souvent étouffés, méritant toujours qu'on les libère du cadenas de silence que la société leur a trop longtemps apposé, mais, malgré ses bonnes intentions autour de ce propos, "Nightborn" n'offre aucune réelle nouvelle clé pour se poser en détonateur inventif et incontournable à ce sujet.

RedArrow
5
Écrit par

Créée

le 27 juil. 2026

Critique lue 123 fois

RedArrow

Écrit par

Critique lue 123 fois

4

D'autres avis sur Nightborn

Nightborn

Nightborn

5

RedArrow

1255 critiques

P'tit monstre

Pour offrir une enfance heureuse comme elle l'a vécue elle-même loin du tumulte citadin à sa future progéniture, Saga réussit à convaincre son âme sœur anglaise, Jon, de tout quitter et de...

le 27 juil. 2026

Nightborn

Nightborn

6

Shawn777

2831 critiques

Saga's baby

Décidément, Rupert Grint enchaine les productions horrifiques un peu cheloues avec des bébés, tout d'abord la série Apple TV "Servant" puis maintenant ce film en partie finlandais réalisé par Hanna...

il y a 4 jours

Nightborn

Nightborn

8

Creotivemedia

374 critiques

Un film d'horreur aussi élégant qu'angoissant

Avec Nightborn, Hanna Bergholm confirme son goût pour un cinéma d'horreur psychologique où les monstres naissent autant des peurs intérieures que du surnaturel. Après avoir marqué les esprits avec...

le 22 juil. 2026

Du même critique

Nightmare Alley

Nightmare Alley

9

RedArrow

1255 critiques

"Je suis né pour ça."

Les premières minutes que l'on passe à parcourir cette "Nightmare Alley" ont beau nous montrer explicitement la fuite d'un homme devant un passé qu'il a cherché à réduire en cendres, le personnage de...

le 19 janv. 2022

Umbrella Academy

Umbrella Academy

5

RedArrow

1255 critiques

L'Académie des 7 (saisons 1 & 2)

SAISON 1 (5/10) Au bout de seulement deux épisodes, on y croyait, tous les feux étaient au vert pour qu'on tienne le "The Haunting of Hill House" de personnes dotés de super-pouvoirs avec "The...

le 18 févr. 2019

Bird Box

Bird Box

6

RedArrow

1255 critiques

Sans un regard

L'apocalypse, des créatures mystérieuses, une privation sensorielle, une héroïne enceinte prête à tout pour s'en sortir... Le rapprochement entre cette adaptation du roman de Josh Malerman et "Sans...

le 21 déc. 2018