Ou comment faire rire avec un sujet épineux ...

Un « agent extraordinaire » russe, nommé Ninotchka, est envoyé à Paris afin de rappeler à l'ordre les trois hommes mandatés pour opérer une transaction de bijoux. La comtesse Swana, aristocrate russe qui a fui le régime communiste, apprend que ses bijoux confisqués sont sur le point d'être vendus. Celle-ci charge alors le comte Léon d'Algout de les récupérer. Comme ses trois camarades, Ninotchka va se laisser peu à peu envahir par l'ivresse parisienne, le mode de vie capitaliste et surtout, elle tombera sous le charme d'un parisien.

Ninotchka est un film remarquable grâce au jeu de Greta Garbo qui alterne le rôle d'une communiste russe psychorigide, presque robotique, et celui de la badine embourgeoisée. Mais c'est surtout à travers l'aisance avec laquelle Lubitsch parvient à dégager le ridicule du communisme et du capitalisme, à une époque pourtant extrêmement sensible, que le film mérite que l'on s'y intéresse. Et il ne cesse de sonner juste, tant ces deux modèles n'ont su se défaire de leurs dérives. C'est donc avec beaucoup d'humour que cette oeuvre confronte les deux conceptions politiques diamétralement opposées.


[ SPOILER ]
Lorsque Léon et Ninotchka se rencontrent, on assiste à un choc des systèmes de pensée. Attirés l'un par l'autre par goût pour l'exotisme et par pure curiosité, ils vont se découvrir une alchimie qui les dépasse. Touchés par l'être aimé, les deux amants remettent en question leurs croyances et vont modifier leur conduite. Léon, noble insouciant, se met à faire son lit, lire Marx et congédier son domestique alors que Ninotcka, « envoyé extraordinaire » implacable va se mettre à acheter des chapeaux dernier cri, boire du champagne et éclater de rire à tout bout de champ.


En guise de métaphore, cette histoire d'amour dénonce le totalitarisme et l'idée qu'au nom d'une doctrine l'on en vienne à brimer son peuple. Ninotchka montre alors que les Hommes sont sujets avant tout à leurs désirs et qu'ils ne peuvent obéir impassiblement à une idéologie politique.
Momodjah
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le 15 déc. 2010

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