Nobuko, Hiroshi Shimizu, 1940
Nobuko est une jeune enseignante qui fait ses débuts dans un pensionnat de jeunes filles. Un personnage tout en douceur, tout en nuances, dont les efforts pour perdre son accent provincial, objet de réprimande de la part de la directrice et de moqueries de la part des jeunes filles, ne nous font jamais perdre ce sentiment de légèreté qui parvient jusqu’à nous grâce à une caméra toujours subtilement posée. Si le nombre important de plans fixes ne retient jamais le mouvement, c’est que le film donne parfois l’impression qu’on pourrait poser la caméra ailleurs ou autrement, et que cela a finalement peu d’importance. L’art des petits travellings latéraux, figure de répétition, évoque le trait d’un pinceau, et apporte ce petit plus permettant, disait Shimizu, d’éviter l’ennui, quand on évite toute dramatisation.
L’austérité chez Shimizu, par exemple ici l’intérieur d’une chambre d’internat, n’est jamais abstraite, elle est sensitive, et donc inséparable d’un art du sentiment qui exploite toute hésitation et tout infime changement. Et c’est tout le génie du réalisateur (« People like me and Ozu get films made by hard work, but Shimizu is a genius », disait Mizoguchi) de dénoncer par son art le manque d’amour dans l’éducation. Car ce film est un éloge de la sincérité, contre les rigueurs du confucianisme (mais pas contre le confucianisme, si celui-ci est incarné aussi par la droiture de la jeune enseignante) : défense de l’humanité, contre la codification, parce que celle-ci masque cette absence d’affection que révèle à la fin la jeune Eiko Hosokawa à Nobuko (Mieko Takamine, aussi belle et touchante que sa sœur dans les films de Naruse).