Nosferatu
6.3
Nosferatu

Film de Robert Eggers (2024)

Voir le film

Support: 4K Bluray UltraHD


Robert Eggers déclare dans les bonus de la galette que s’il est là où il se trouve aujourd’hui, c’est grâce à Nosferatu. Qu’une adaptation théâtrale amatrice l’a fait repérer, et qu’on lui a ainsi proposé d’en faire un métier. On comprend donc qu’une nouvelle adaptation de l'œuvre de Murnau l’ait obsédée pendant tant d’années, même si l’on est en droit de s’interroger sur ce que cela peut bien apporter au spectateur. La version de Werner Herzog était déjà une réactualisation pertinente, en plus d’y accoler la patte naturaliste délectable du cinéaste. Nosferatu 2024 partait ainsi avec un mauvais à priori, et ne peut que souffrir de la comparaison avec ses prédécesseurs. Mais étant plutôt friand des trois premiers films du bonhomme (The VVitch, The Lighthouse, The Northman), il était de bon ton que je vois sa version.


Comme nous y ont habitué Eggers et son directeur photo Jarin Blaschke ayant officié sur toutes ses œuvres, on ne peut tout d’abord que s’incliner sur la beauté sépulcrale qui hante chaque image. Des rues enfiévrées de Wisburg aux brumeuses montagnes de Transylvanie, en passant par les cryptes grouillantes et les rives froides de la rivière, toute l’imagerie déployée crie à la minutie du détail, à l’amour du gothique, et à la maîtrise des lumières. L’emploi de Nicholas Hoult et Lily-Rose Depp dans le couple central relève de l’évidence : pommettes saillantes qui renforcent leurs visages osseux, presque cadavériques, teints pâles et chevelures d’un noir profond. Quant à Orlock, si je n’adhère pas totalement, je lui retrouve ce mélange réussi entre le risible et l’inquiétant qui habitait déjà les incarnations de Max Shreck et Klaus Kinski.


Si les thématiques sont quant à elles en grande partie reprises de l'œuvre originale (et que je vous invite donc à en lire ma critique puisque je ne les répéterais pas ici), il y a en effet modernisation des enjeux. Car le vampyr n’est plus seulement l’incarnation de la Mort par le désir charnel (“I am an appetite, nothing more”), mais il est le mal qui habite la femme. Une dépression qui s’accroche, qui s’efface un temps mais revient dès lors que le mari met de côté ses sentiments par appât du gain. Une dépression qui trouve ses racines dans le traitement réservé au beau sexe dans cette société dont les échos persiste aujourd’hui. Qui se manifeste dans une séparation entre hommes et femmes par un couloir qui va du boudoir où les épouses gardent les enfants, au parloir où se félicitent les hommes de leurs succès professionnels. Dans l’usage d’un corset comme entrave et de l’éther comme drogue, contre hystérie proprement féminine. Par les commentaires mondains sur les humeurs de cette gente, dès lors que celle-ci se questionne. Cette adaptation 2024 s’ouvre de nouvelles voies en phase avec le temps, et la performance de Depp est à ce titre exemplaire, rappelant les tentatives du corps de Keira Knightley dans A Dangerous Method de s'extirper de sa prison faite de mâles bien intentionnés.


Eggers nous livre ainsi de beaux morceaux horrifiques, parfois empruntés directement aux précédents films (comme ces sautes spatio-temporelles elliptiques qui participent de l’hypnose enserrante des personnages), parfois originaux. On retiendra ainsi un coït de marionnettes dérangeant, tant par son annonce que par son exécution, et d’autres élans nécrophiles assez craspecs. Malheureusement, le cinéaste appuie parfois trop ses effets. L’ombre d’Orlock est par trop présente, alors qu’elle ne ponctuait chez Murnau que quelques scènes clés, tandis que l’on comprend difficilement l’intérêt des deux jumpscares putassiers, dont un d’entrée de jeu qui laisse planer le doute sur la suite.


Eggers parvient in fine à apporter son grain de sel à une histoire que l’on ne connaît que trop, nous immergeant dans sa vision du mythe. Mais ces apports ne justifient pas à mes yeux une telle débauche de moyens, Nosferatu, et plus largement Dracula, étant déjà bien ancrés dans l’imaginaire collectif. Sa réappropriation a du panache, mais de par sa nature, manque d’originalité. Et de voir dans le making-of, sobrement intitulé “A Modern Classic”, que l’on ne citera jamais ni Murnau, ni Herzog, et encore moins Coppola et autres prédécesseurs, on est en droit de se demander si le monsieur n’est pas en train de prendre le melon.


Créée

le 7 mai 2025

Critique lue 25 fois

Frakkazak

Écrit par

Critique lue 25 fois

1

D'autres avis sur Nosferatu

Nosferatu

Nosferatu

5

GuilhemEvin

581 critiques

Est-ce que sucer ça ne serait pas nous tromper ?

Après l’échec commercial de The Northman, censé incarner “le Gladiator de la nouvelle génération”, Robert Eggers était prévenu, son cinéma austère et ampoulé allait devoir puiser dans la folie du...

le 22 déc. 2024

Nosferatu

Nosferatu

5

Kas_Citronné

43 critiques

En trois mots

Nosferatu en trois mots :- Bavard - Monstrueux - Réducteur Il y a quelques années, en tant que grande amatrice de films d'horreur, je suis tombée sous le charme de The Witch de Robert Eggers, un film...

le 25 déc. 2024

Nosferatu

Nosferatu

6

Yoshii

252 critiques

L'Exorcisme De Lily-Rose

Alors qu'il semblait définitivement libéré de son immortalité putride, et disparu à jamais, le comte Orlok alias Nosferatu, frétille de nouveau devant la caméra du proclamé nouveau génie du film...

le 28 déc. 2024

Du même critique

Hollow Knight

Hollow Knight

10

Frakkazak

873 critiques

Waky Hollow : La légende du scarabée sans âme

J'avais commencé une partie en début d'année, et avait lâché l'affaire par frustration, ayant perdu tous mes geos dans une zone que je trouvais imbuvable (Soul Sanctum) après 3-4h de jeu. Mais devant...

le 15 oct. 2019

Captain America: Brave New World

Captain America: Brave New World

2

Frakkazak

873 critiques

Mou, Moche et Puant

Il était couru d’avance que Brave New World serait une daube. De par la superhero fatigue qu’a instauré la firme de Mickey par l’amoncellement de produits formaté sur les dix-sept dernières années...

le 10 mars 2025

Assassin's Creed: Mirage

Assassin's Creed: Mirage

4

Frakkazak

873 critiques

Mi-rage, mi-désespoir, pleine vieillesse et ennui

Alors qu’à chaque nouvelle itération de la formule qui trône comme l’une des plus rentables pour la firme française depuis déjà quinze ans (c’est même rappelé en lançant le jeu, Ubisoft se la jouant...

le 10 oct. 2023