L'ombre fantasmagorique de Nosferatu s’avance sur le mur, démesurée ! Une scène d'une poésie rare dans un univers dominé par la mort. Bien qu'un vampire n'ait pas d'ombre, Murnau joue des propriétés insolites de l’ombre mobile du vampire, très allongée, bras et mains griffues projetés vers l’avant . Il prend possession de l’espace.
Murnau filme le voyage de son héros, Jonathan Hutter, à travers paysages forestiers et montagneux, décors naturels rendus insolites et inquiétants non soumis aux lois habituelles. Un château stylisé dont la porte massive s’ouvre toute seule. L'arrivée de Dracula au crâne allongé et à l’apparence désincarnée. L'inhumanité du comte Orlok se traduit par son apparence : la laideur physique, l’animalité et la présence fantomatique qui alterne la lenteur du mouvement (quand il se déplace comme un mort vivant ou un fantôme ) et la rapidité( quand il grimpe sur les parois du château)Max Schreck compose un personnage vraiment terrifiant avec sa tête enfoncée dans les épaules, bras collés le long du corps, démarche mécanique. Le monstrueux est mis en relief par le recours expressionniste à l'ombre.