La dernière image ? Paradoxalement, les 2 images qui m'ont frappé par leur force tellurique ne concernent pas directement Nosferatu (par ailleurs impressionnant, plus vrai que nature) : la première est un défilé de cercueils portés par des citoyens vêtus de noir à la queue leu leu dans une artère immense et déserte du centre-ville. L'autre image c'est un épouvantail pris pour cible par une foule hargneuse dans un champ au loin.

2 moments d'une vraie modernité. D'un côté la mort injuste symbolisée par le défilé mortuaire, de l'autre la recherche d'un bouc émissaire à tout prix... L'une et l'autre semblent d'ailleurs se répondre.


Je retiens justement de ce film tout ce qu'il développe d'étrangeté majestueuse et vénéneuse d'abord dans le château d'Orlok même si cette atmosphère lugubre est plutôt attendue dans ce type de lieu (très La belle et la bête) mais tout cela devient fort intéressant lorsqu'il s'enracine sur le navire infesté de rats, rongé par la folie, puis mieux encore dans cette ville tant qu'elle est déserte, sorte de décor post-apocalyptique lorsqu'Orlok, son cercueil vide sous le bras, se met en route pour son nouveau chez lui.


Pour le reste, je suis moins emballé par le montage alterné, pas toujours heureux (château/fiancée, voyage orlok/évasion puis hôpital Hutter) et sur certains éléments narratifs qui manquant de clarté : pourquoi ne pas sucer le sang d'Hutter lorsqu'il est à sa merci au château ? Je n'ai pas compris le blocage d'Orlok... Comment un postier à cheval puis des secours peuvent venir en aide à à Hutter alors que le lieu est réputé infréquentable et qu'on l'a d'ailleurs laissé sur le chemin très en retrait au tout début. Comment la maladie se propage-t-elle en ville sans qu'on nous donne à comprendre les moyens que se donne le virus pour ramper et gagner toute une population au point que les rues soient désertes ?


Evidemment, je comprends que tout ceci reste métaphorique et le sacrifice d'Eillen n'est là que pour rappeler combien l'innocence est souvent le prix à payer pour grandir, se réinventer, être résilient... Je comprends donc que le réalisme n'a pas grand-chose à faire dans l'enchaînement des évènements. Pourtant, un peu de cohérence ou d'explication ne nuit jamais à l'immersion du spectateur dans l'histoire qu'on lui raconte.


Il n'empêche que pour moi le plus intéressant ici réside dans toute la dimension Kafkaïenne d'une ville devenue folle et cherchant des coupables jusque dans les champs de maïs, vision renforcée par ces lieux vides et fantomatiques... Un peu comme dans un cauchemar d'Eillen lorsque la fièvre est à son paroxysme.

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le 6 janv. 2026

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