Sorti en 2015 et réalisé par Kheiron, Nous trois ou rien est le premier film du nouveau prince du stand up. Bon, personnellement je suis assez hermétique à ses one-man show, mais ça ne m'a pas enlevé toute envie de découvrir son premier film, surtout qu'il y a Leila Bekhti dedans que j'aime beaucoup. De mémoire, mis à part son rôle dans la série Bref, je connais très mal Kheiron l'acteur. Là, pour son premier film, il porte la triple casquette de réalisateur, scénariste et acteur principal. Dans Nous trois ou rien, il décide de raconter l'histoire de son père et pour jouer son père, c'est lui qui s'y colle. Et pour l'épauler dans cette mission, il s'est entouré d'un casting assez prestigieux, Leila Bekhti, Gérard Darmon, Zabou Breitman, Alexandre Astier et ses deux potes de Bref Kyan Khojandi et Jonathan Cohen. On est donc face à un film un peu fourre tout, à la fois une comédie, un drame et une autobiographie ... une comédie dramatique autobiographique, quoi !
Nous trois ou rien c'est l'histoire du père de Kheiron, une histoire dure et d'autant plus dure qu'elle est réelle. Hibat Tabib (Kheiron) est donc né en Iran dans une famille nombreuse et qui en grandissant s'est trouvé une vocation politique et décide de s'opposer au régime autoritaire du Shah d'Iran (Alexandre Astier). Il va être arrêté avec l'un de ses frères et se faire enfermer sans jugement. Une fois libéré il devra quitter le pays, le nouveau Shah d'Iran en place étant encore pire que le précédent. Durant son exil, il pourra tout de même compté sur le soutien de sa femme (Leila Bekhti) qui l'a suivi et de ses parents (Gérard Darmon et Zabou Breitman) qui sont restés au pays.
Le film est clairement coupé en deux, une première partie en Iran et une seconde partie en France, avec l'exil au milieu. La première partie en Iran est clairement la plus réussie, car on se concentre sur le drame. On comprend bien le contexte militaire de l'époque, dans un pays où la répression est très dure. Le régime d'Iran est l'un des plus dure au monde. Et puis, le film met aussi bien en avant la solidarité au sein de la famille, avec un amour fraternel et familial qui permet à Hibat de survivre, même dans les moments les plus difficiles. On voit la force et la détermination d'Hibat, qui continue de se battre pour ses idées, même enfermé et privé de tous ses droits.
Dans la seconde partie du film, après l'exil, Hibat se retrouve en France avec sa femme et le jeune Kheiron qui est né entretemps ... d'où le titre du film Nous trois ou rien. Hibat vit désormais en banlieue parisienne, à Seine-Saint-Denis et on le voit se battre à distance contre le nouveau régime mis en place en Iran. On le voit également se battre localement en se lançant dans l'associatif pour aider les jeunes de son quartier. Cette partie en France est moins prenante que la première en Iran, plus classique et avec un peu plus d'humour, en mode comédie à la française, quoi ! On a aussi l'impression de regarder un film dans le film, ou comme je le disais un peu plus haut, un film coupé en deux avec l'exil au milieu ... ou autrement dit, deux films en un.
Nous trois ou rien est un film autobiographique qui se base sur des faits réels, mais un peu romancés pour les besoins dramaturgiques et de comédie aussi. J'ai parfois pensé à La vie est de Belle de Roberto Begnini, mais avec nettement moins de maitrise. C'est parfois un peu trop larmoyant et un peu trop forcé sur l'aspect dramatique. L'aspect comédie est aussi moins bien intégrée, les rires étant parfois un peu trop forcés. Mais sinon, la tentative est fort louable de vouloir proposer une comédie qui puisse à la fois faire rire et nous émouvoir. Alors ça ne marche pas à tous les coups, mais dans l'ensemble ça fonctionne plutôt bien.
Kheiron joue donc son propre père et j'imagine la pression qu'il a dû se mettre sur lui. C'est évident après avoir vu le film, qu'il admire beaucoup son père (et sa mère aussi). Sachant qu'il joue son propre père, on peut lui pardonner un jeu pas toujours très juste, mais en même temps, qui d'autre que lui connait mieux sa famille ? Ce n'est clairement pas un comédien né et il est certainement plus à l'aise seul sur scène en mode one man show, que devant la caméra entouré d'autres acteurs. Et puis, tout en étant devant la caméra, il doit aussi assurer la réalisation et à ma grande surprise il s'en sort très bien. Pour un premier film, c'est même surprenant de maitrise et j'imagine qu'il a dû bien s'entourer pour assurer son rôle derrière et devant la caméra.
Côté casting, Kheiron s'est particulièrement bien entouré. Tous les autres acteurs autour de lui se montrent très concernés dans leurs rôles respectifs, à commencer par Leila Bekhti qui joue la femme d'Hibat et donc la mère de Kheiron. Elle est parfaite dans ce rôle de femme forte qui tient tête à son mari. Hibad n'a pas peur des extrémistes religieux, il n'a pas peur du Shah d'Iran, mais il craint sa femme. C'est vraiment cette dynamique du couple entre Hibat et sa femme qui est au cœur du film. Quant à Gérard Darmon et Zabou Breitman qui jouent les parents d'Habid et donc les grands-parents de Kheiron, ils sont toujours très justes, sans jamais trop en faire.
Bref, Nous trois ou rien est un très bon film, surtout sachant que c'est un premier film. Kheiron m'a convaincu et pourtant, ce n'était pas gagné. Maintenant, j'ai très envie de voir son second film, Mauvaises herbes.