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Documentaire de Shingo Ota (2025)

Ce documentaire (80 minutes) signé Shingo Ota s’intéresse à la fermeture d’une piscine publique pour destruction. Le réalisateur explique qu’il s’intéresse au processus du deuil depuis la mort de son meilleur ami il y a une dizaine d’années. Alors étudiant, il avait été marqué par le livre Les derniers instants de la vie (1969) de la psychiatre suisse Elisabeth Kübler-Ross. Celle-ci considère que le deuil classique se fait en cinq étapes successives : déni, colère, négociation, dépression et acceptation. Sachant que la fermeture et la destruction de la piscine en question sont programmées, Ota scinde sont film en cinq parties suivant ce processus. Et, pour qu’il n’y ait pas de doute, il l’ouvre par une vision d’engins de chantier s’attaquant aux infrastructures de la piscine pour commencer la démolition


Avec sa caméra, le réalisateur va interroger les différentes parties concernées, du personnel de la piscine à ses utilisateurs. Et il ponctue chacune des parties du métrage par une phrase indiquant le nombre de jours de vie restant à la piscine. De nombreux plans permettent de se faire une bonne idée du lieu. C’est un ensemble assez vaste comprenant un bassin olympique, une zone réservée aux plongeurs (ne pas imaginer qu’il serait question d’un restaurant, même si certains passent la journée là et mangent, ce qu’ils ont apporté ou bien des glaces, des frites, etc.), un toboggan à trois pistes, un immense tube permettant aux amateurs de sensations de descendre ce qui ressemble à une longue piste de bobsleigh, sauf que cela se fait en maillot de bain, couché les pieds en avant (un plan façon caméra embarquée ou caméra subjective en donne une idée) et surtout un long parcours en boucle à ciel ouvert (c'est l'été) qui permet aux parents d’en faire le tour avec leurs enfants alors qu’ils ont pied. Des plans en plongée nous permettent de comprendre que cette partie emporte un immense succès, au point que les animateurs insistent pour que les parents gardent leurs enfants près d’eux. On remarque que tout le monde tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, comme si cela correspondait à la mentalité japonaise. Car oui, ce documentaire montre de nombreux Japonais dans des activités de loisirs (ou bien au travail pour les employés) qui permettent de les observer au naturel. A première vue, rien d’extraordinaire. Quand même, l’un d’eux se fait expulser manu militari pour comportement déplacé. Et on observe deux hommes solitaires, l’un qui prend plaisir à observer les uns et les autres. Il n’est pas tout jeune, pourtant il vit avec sa mère qui fait encore la cuisine. L’autre, franchement plus jeune, a un physique de sumo. Comme ils stationnent non loin l’un de l’autre, la conversation s’engage (situation forcément scénarisée) d’abord banale…


La piscine est située dans un quartier de Saitama, banlieue de Tokyo (distant d’environ 30 km). Des vues en plans larges (parfois en plongée… logique pour une piscine) permettent de situer le quartier, avec quelques buildings non loin des bassins. A noter que la destruction de la piscine est prévue pour laisser la place à une nouvelle école ! La municipalité a donc beau jeu pour justifier la destruction. A l’occasion, on visualise l’importance de la ville, car le conseil municipal siège dans une sorte d’hémicycle où le réalisateur a sélectionné quelques scènes de débats à propos de la destruction programmée. Il illustre donc bien son propos général avec les 5 phases du deuil qu’il a pris soin de détailler auparavant. Par contre, une fois qu’il a illustré la phase entamée, les autres scènes n’ont pas forcément un rapport direct. Le réalisateur en profite plutôt pour montrer ce qui lui paraît intéressant pour qu’on se fasse une bonne idée de ce que sont la piscine, ses usagers et ses employés avec leurs comportements et habitudes. Ainsi, il accorde une large part aux employés qui forment une véritable équipe concentrée sur le bon fonctionnement des lieux et en particulier la durée qui s’étend depuis l’ouverture (qui remonte à 52 ans en arrière) sans le moindre accident. On voit l’équipe appliquer son rituel du matin avant l’ouverture et cela en dit déjà long sur la mentalité japonaise. On remarque également que cette piscine, malgré son demi-siècle d’existence, reste attractive et pimpante avec ses belles couleurs de type pastel qu’on observe aussi bien en extérieur qu’’en intérieurs (les casiers où ranger les vêtements par exemple). Il y a bien quelques petits signes de dégradation comme des brins d’herbe entre certains carreaux de béton, mais c’est quasiment insignifiant. Cela justifie donc parfaitement l’attitude consistant à regretter sa disparition programmée. Mais, il s’avère que la municipalité n’a pas trouvé d’autre solution. Les cinq phases du deuil se succèdent donc inexorablement et on sent monter une certaine tension, jusqu’à l’émotion palpable du dernier jour.


Alors, si ce film restera probablement à diffusion confidentielle, il mérite largement le visionnage pour qui en aura l’occasion. Il permet une immersion dans la vie quotidienne de quelques Japonais, ce qui n’est déjà pas si mal, en ouvrant une lucarne originale sur le Japon, quelque chose qu’un voyage ne permettrait pas, le lieu étant inexorablement transformé.

Electron
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le 25 mai 2026

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