Avec O’Brother, les frères Joel et Ethan Coen signent un ovni cinématographique réjouissant, où Homère croise la musique bluegrass et le Deep South des années 30.
Ce qui m’a frappé en premier, c’est la manière dont le film jongle habilement avec les genres : à la fois comédie musicale, road movie, fable mythologique et parodie décalée. Les références à L’Odyssée sont omniprésentes, mais jamais pesantes : du cyclope à la Pénélope inflexible, tout est revisité avec malice. Seule la scène des sirènes, un peu trop appuyée dans le registre fantastique, m’a paru moins équilibrée.
Le trio de héros – Everett, Pete et Delmar – fonctionne à merveille, grâce à une écriture précise et à un casting millimétré. George Clooney, dans un cabotinage assumé, trouve un rôle à sa mesure ; John Turturro et Tim Blake Nelson complètent le tableau avec une justesse et une drôlerie irrésistibles. J’ai aussi beaucoup apprécié Charles Durning, hilarant en politicien grotesque, et Michael Badalucco, tantôt surexcité tantôt depressif.
Comme souvent avec les Coen, tout est affaire d’atmosphère : la photographie sépia, la bande-son d’anthologie, et cette impression que chaque rencontre est une surprise font de ce film une traversée à la fois burlesque et poétique.
Un film singulier, inventif et habité, qui laisse une sensation de voyage innatendu, à la fois absurde et profondément attachant.