Premier véritable film "classique" de Brian de Palma, "Obession" permet au futur metteur en scène de "Scarface" de rendre un bel hommage au maître du suspense Alfred Hitchcock, à travers un scénario détournant "Sueurs froides" rédigé par Paul Schrader, qui se désolidarisera d'ailleurs du résultat quand il verra son final remanié car considéré comme too much.
Bien que "Phantom of the paradise" témoignait déjà des principales obsessions du cinéaste, ce nouvel opus appui encore un peu plus la filiation entre De Palma et ses diverses influences, s'approche de son style "définitif" et rapidement identifiable qui atteindra son paroxysme quelques années plus tard avec des chefs-d'oeuvres comme "Pulsions" ou "Blow out", avant que sa filmographie ne vire à l'auto-citation crispante.
Fable morale sur la cupidité, "Obsession" baigne constamment dans une atmosphère vaporeuse et lancinante, frôlant plus d'une fois l'onirisme, comme pour nous faire douter de ce que nos yeux enregistrent, cauchemar éveillé d'un homme rongé par la culpabilité et hanté par le souvenir de n'avoir pu sauver les deux femmes de sa vie.
Portée par l'interprétation impeccable de Cliff Robertson et par la présence aussi troublante que lumineuse d'une Geneviève Bujold belle comme un mirage, "Obsession" est sans aucun doute une pièce maîtresse dans la carrière de Brian de Palma, drame familial tragique doublé d'un thriller palpitant, traversé d'un romantisme fou et amoral, s'achevant dans un final pervertissant avec maestria le happy end attendu.