I Spit on Your Grave –, désolé mais je préfère amplement le titre VO à Œil pour œil… – me laisse dubitatif. Et pour cause, je trouve le film malsain mais pour plusieurs raisons. La plus évidente étant son sujet, soit le viol d’une femme qui, après avoir pu se reconstruire, décide de se venger en voulant retrouver ses bourreaux pour les tuer. Et pour raconter cela, le titre n’y va clairement pas de main morte, le crime étant montré frontalement, sans aucune retenue. Ladite séquence dure même une vingtaine de minutes longues et douloureuses, faisant ressortir toute la détresse et l’horreur vécues par le personnage féminin. Mais si le but du réalisateur est de faire ressentir ce cauchemar – ce qui est plutôt réussi ! – il révèle toutefois une certaine hypocrisie dans son rendu final. Notamment en ce qui concerne la nudité, beaucoup trop présente et impertinente pour ce qu’I Spit on Your Grave raconte. Si je comprends ce « besoin » pour la séquence du viol, ce n’est pas le cas pour les passages qui suivent, créant ainsi ce que je considère comme une incohérence non négligeable. En effet, je vois mal une victime se remettre aussi vite et se jouer de ses agresseurs telle une psychopathe. Et surtout parvenir à les séduire et coucher avec eux sans que cela ne semble l’impacter. Entre le jeu des comédiens peu crédible et une mise en scène inexistante, l’ensemble sans bon le film d’exploitation qui prône un message mais en usant de codes de production qui vont à son encontre. Créant ainsi une gêne aussi bien pour ce qu’il montre que de la manière dont il le fait. Par contre, et c’est en cela qu’il m’a marqué, c’est de voir à quel point I Spit on Your Grave se révèle avant-gardiste sur son sujet. Sur le fait de le traiter crûment, mais aussi sur sa manière de détourner l’image contemporaine de la femme dans le cinéma d’horreur – je rappelle que le film date de 1978. Cette dernière se résumant habituellement à une final girl jugée immaculée par une Amérique puritaine, tandis que les « dévergondées » sont toujours les premières à y passer. Et surtout, le long-métrage pousse encore plus loin en pointant du doigt une horrible « normalité » en ce qui concerne une société patriarcale toxique. Ou comment rendre ses personnages masculins encore plus détestables quand ils se cherchent des excuses à leur acte. Comme de dire que le simple d’esprit de la bande n’a fait que suivre le mouvement pour se faire accepter par les autres. Ou, encore plus terrible, que ces derniers se sont exécutés car ils s’ennuyaient dans leur trou paumé – dressant au passage un portrait peu appréciable de l’Amérique profonde. Et qu’ils ont jeté leur dévolu sur cette femme car n’étant pas de la région. Qu’elle « n’attendait que ça, en se dandinant les jambes à l’air » – alors qu’elle était à une station-service en robe tout en se montrant polie avec ses interlocuteurs – et « qu’elle passait son temps en petite tenue » - en maillot de bain mais se reposant dans son hamac, profitant du soleil, ou navigant dans un canoë. C’est par ses terrifiantes répliques qu’I Spit on Your Grave trouve une ampleur anachronique inattendue qui, malgré son hypocrisie bête et méchante, lui confère une pertinence non négligeable. C’est en tout cas pour cette raison que son visionnage me restera en tête, bien plus que La dernière maison sur la gauche, de Wes Craven, malgré les défauts évidents dont fait preuve le titre.