L’affiche exotique est symptomatique : voici une nouvelle comédie sur les “pays étrangers“, à peine abordés dans les faits, & dont les personnages font semblant d’assumer qu’ils ne maîtrisent pas la langue. Quentin, forte d’avoir été la scénariste de La Vie est un long fleuve tranquille, a choisi d’opter pour le maximum de piliers possibles en matière de déjà-vu : le beauf cuistre, la mégère hypocondriaque, le gentil qui se fait avoir, une femme compréhensive mais caractérielle & un petit chien pour décorer : tout est enfermé, quoiqu’une grande bonne volonté pétrit tout ça à peu près bien.


Olé! se laisse regarder grâce à Elmaleh qui virevolte entre ses scènes pendant plus d’une demi-heure, parfait chauffeur-valet à qui il sied d’être ultracompétent. Mais la comédie de genre a dit non : il fallait que Depardieu se détachât du serviteur pourtant attachant afin de distiller l’antagonisme ; l’acteur flotte vaguement dans cette coquille trop grande pour lui & Elmaleh y perd de sa superbe.


La faute du film repose peut-être en grande partie dans ce glissement d’une notion vers l’autre, qui prive soudain le spectateur de ses repères, même réchauffés (la secrétaire angoissée était très bien, on reconnaît d’ailleurs en elle ce que Quentin faisait de mieux pour Chatiliez), & qui le condamne à des tentatives de plus en plus médiocres de convenir à une audiencequi n’aura finalement que faire de cette soupe scénaristique s’hispanisant longtemps dans le vide.


Quentin a laissé quelques traces d’une volonté de faire quelque chose qui n’a pas abouti. Pourtant elle finit elle-même par réduire Golino au silence, elle qui avait, en plus d’une prononciation espagnole parfaite, cent fois la possibilité & le talent de remettre les pieds sur terre à tout le monde, & en premier lieu à Elmaleh, son mari dans l’histoire qu’elle regarde se noyer dans des absurdités évacuées de moins en moins efficacement par le rire.


On entrevoit, par l’embrasure de beaucoup de portes refermées sur les bonnes idées, une entreprise plus grande qui en valait la peine avant d’être écrasée par le standard.


→ Quantième Art

EowynCwper
4
Écrit par

Créée

le 18 févr. 2020

Critique lue 216 fois

Olé !

Olé !

5

Dany80090

le 5 avr. 2016

Suivre

Critique de Olé ! par Dany80090

une moyenne bien basse pour ce film, le DVD traînait sur ma bibliothèque depuis plus d'un an et une fin de dimanche je me suis attelé au visionnage, sans trop d'espoir de détente. En plus je...

Olé !

Olé !

5

BibliOrnitho

le 2 févr. 2015

Suivre

Critique de Olé ! par BibliOrnitho

Gad et Gérard font un footing dans le parc de Saint-Cloud. Gérard est donc encore de capable de courir un peu... et pas seulement de manger. Dans la Mercedes qui les ramène à Neuilly (dans une...

Olé !

Olé !

2

Blockhead

le 15 mai 2017

Suivre

Critique de Olé ! par Blockhead

Le titre laissait augurer du rythme. Mauvaise pioche ! Longtemps scénariste de Chatiliez, Florence Quentin (« J'ai faim ») signe à gros traits une fable sociale qui en est dépourvue. Pâlichonne,...

La Forêt sombre

La Forêt sombre

3

EowynCwper

le 16 juil. 2018

Suivre

Critique de La Forêt sombre par Eowyn Cwper

(Pour un maximum d'éléments de contexte, voyez ma critique du premier tome.) Liu Cixin signe une ouverture qui a du mal à renouer avec son style, ce qui est le premier signe avant-coureur d'une...

Ne coupez pas !

Ne coupez pas !

10

EowynCwper

le 26 oct. 2018

Suivre

Du pur génie, un cours de cinéma drôle et magnifique

Quand on m’a contacté pour me proposer de voir le film en avant-première, je suis parti avec de gros préjugés : je ne suis pas un grand fan du cinéma japonais, et encore moins de films d’horreur. En...

Cargo 200

Cargo 200

7

EowynCwper

le 17 oct. 2020

Suivre

Se mettre la Russie ado

Le Cargo 200, c'est le cercueil rapatrié d'un militaire soviétique tombé en Afghanistan. Balabanov montre le conflit comme un drame ignoré de tous, mais ce n'est finalement ni plus ni moins que la...