Quand Carol Reed, réputé pour les films noirs que sont « Odd man out » / « The fallen idol » / « The third man » ou « The man between », se lance dans une comédie musicale. Relégué au second plan au sein du cinéma britannique, entre l'émergence du réalisme social et les échecs au box-office, le cinéaste a navigué entre des projets très différents, entre des genres bien différents, à cette époque.
OLIVER ! est un scénario de Vernon Harris, qui habituellement travaillait avec Lewis Gilbert, ce qui rend le ton de l'adaptation du roman de Charles Dickens très surprenant. Accompagné de la musique enchantée de Lionel Bart, le film adoucit fortement la tragédie et la violence du roman de Dickens. Mais l'adaptation en comédie musicale saisit d'autres éléments du style de l'écrivain. Moins intimiste que les autres versions, et plus axé sur l'ampleur et la richesse sociale de la capitale anglaise.
Mais Carol Reed n'oublie jamais de montrer, entre deux séquences chantée et/ou dansée, à quel point le monde souterrain et les coins reculés de Londres sont sordides, sinistres, en manque de poésie. On y retrouve son attrait pour les grandes ombres angoissantes, qui se claquent contre les pavés rugueux. Mais aussi comment ces bâtiments & architectures sont comme faites pour chasser toute personne ne convenant pas au raffinement d'une bourgeoisie londonienne. C'est là que la fantaisie prend tout son sens : la musique et la danse sont comme des échappatoires du monde souterrain, et permet de découvrir Londres sous toutes ses formes (ni totalement tragique, ni totalement envoûtante).
Si le film rappelle une certaine époque du cinéma hollywoodien de studios (bien qu'il soit britannique), c'est qu'il met à l'honneur dans cette fantaisie la peinture, le carton-pâte, les échafaudages, les grands angles de vue, etc. Mais c'est pour mieux montrer la naïveté de la société britannique de l'époque, essayant de reconstruire le pays avec un certain rayonnement et un sens lyrique de leurs compétences. Sauf que Carol Reed et Vernon Harris révèlent une conscience sociale, où les pires mauxde discrimination, de haine, de rejet, de corruption, etc... sont bien ancrés dans le paysage.
Si le film essaie de dire quelque chose, c'est la façon que l'on peut avoir de si facilement détourner l'attention et de chercher le réconfort dans la fantaisie, alors que la violence et le sordide ne cessent de s'accumuler juste à côté. Mais Carol Reed n'est pas dupe, et ne se laisse pas noyer par ça, évitant de tomber dans le misérabilisme. La bonne humeur de la comédie musicale cohabite avec les influences d'un cinéma muet d'antan. Ou comment parler du peuple et de son envie d'émancipation, en faisant un art populaire (comédie musicale).