La première chose qui frappe en voyant Viking, ou « on dirait la planète mars » pour nous autre stupides français, c’est le ton du film. Léger et pesant, absurde et pourtant bien ancré dans la réalité de ses personnages, Viking m’a laissé circonspect à beaucoup de moments de son visionnage.
Le film part d’un postulat absurde, celui qu’une équipe fictive d’astronautes aux caractères semblables à des vrais pourraient les aider à résoudre leurs problèmes, en se basant sur les humeurs des « vrais » astronautes. Et si cela peut sembler un peu théorique, voire intellectuel, c’est d’abord un excellent prétexte pour créer des situations plus absurdes les unes que les autres, comme la scène où deux membres de l’équipage discutent du renvoi d’un troisième en tant que chef, pendant que la dite cheffe les dirige comme des comédiens. Si cela est bien sûr drôle, comme les déambulations des personnages dans le désert terrestre en combinaison d’astronaute, cette comédie ne se contente pas du tout d’être simplement drôle, et semble aspirer à d’autres ambitions. C’est une leçon pour tant de comédies, françaises, américaines, peu importe, qu’un genre supposé léger et « feelgood » s’occupe d’affaire aussi sérieuse que des rapports humains, observés de manière froide et scientifique, pour en extraire certes du rire, mais surtout une réflexion troublante sur le rapport d’un membre à son équipe, de l’aspect parfois risible d’une communication sans violence, des faux-semblants d’une relation extra-professionnelle, ou de la futilité d’une tâche que l’on pensait importante.
Le Québec n’a décidément pas à rougir de ses talents, puisque par certains aspects ce film là me rappelle Babysitter de Monia Chokri, film de l’année dernière que j’avais beaucoup aimé, et qui avait pour point commun un Steve Laplante délicieusement perdu, mais aussi une certaine idée des rapports humains, et un ton sur cette crête si particulière de la comédie des choses sérieuses. Babysitter était très différent sur bien des points formels, plus foisonnant et frénétique que la mise en scène lente et sèche de Lafleur, mais semble s’en rapprocher dans une certaine vision politique du monde, tout en nuance, mais avec des caricatures bien tranchantes. Je pense par exemple au personnage de Liz, archétype de l’égoïste benêt et puéril, qui se révèle pourtant aussi être un allié parfois, ou à celui de Steven/ Marie Josée, qui se révèle bien plus complexe et intéressant que la grande majorité des personnages féminins qui auraient cette position là.
En bref, Viking / On dirait la planète mars, c’est une réussite totale, une des meilleures comédies de l’année à mon sens, et un film bien plus profond que son postulat absurde. Le film vous prend à bras le corps, et vous assène que les relations humaines sont bien plus complexes que ne pourra jamais le comprendre la science ou la sociologie, et même le spectateur sur son trône, dans la salle obscure, se fera duper. A ne pas manquer, donc.