Le faux retour aux sources d'Adam Wingard
Après s'être dispersé dans la giga-machinerie industrielle des monstres en images de synthèse (Godzilla x Kong), Adam Wingard revient au film de genre à budget moyen avec la promesse d'exhumer l'énergie brutale et décontractée de ses premiers succès (You're Next, The Guest). Épaulé par la patte A24 — désormais le label officiel du cinéma de genre embourgeoisé —, Onslaught se présente comme une relecture nerveuse du film de traque et d'action horrifique.
Pourtant, dès les premières minutes, le film trahit son incapacité fondamentale à dépasser la simple posture. Wingard ne fait pas du cinéma de genre avec la sincérité du B-movie d'antan ; il en livre une contrefaçon léchée, un objet esthétisé à l'excès qui confond la frénésie visuelle avec la véritable tension dramatique.
Adria Arjona et Dan Stevens : La chorégraphie du vide
Sur le plan de l'incarnation, le film repose presque exclusivement sur son duo d'acteurs, avec des résultats bien piteux :
Adria Arjona tente d'imposer une figure d'héroïne d'action moderne, mais son personnage se résume à une succession de poses iconographiques et de réactions prévisibles. Privée de chair, de contradictions ou de véritable ancrage matériel, elle traverse le massacre en exécutant une chorégraphie propre, mais dépourvue de la moindre charge émotionnelle.
Dan Stevens, quant à lui, retombe dans ses travers habituels dès qu'on lui confie un rôle de menace ou d'antagoniste : le cabotinage débridé. Cherchant désespérément à rejouer le magnétisme vénéneux qui faisait le sel de The Guest, il livre une prestation en roue libre, oscillant entre le grotesque et la surenchère sans jamais susciter la moindre inquiétude.
Les personnages ne sont pas des êtres vivants projetés dans le chaos : ce sont des mannequins de vitrine agités au milieu de néons stroboscopiques pour nourrir un montage en forme de clip vidéo.
L'illusion A24 : Quand la stylisation étouffe la politique
C'est sur le terrain de la grille de lecture politique et idéologique — l'angle mort systématique de la critique dominante — que l'échec d' Onslaught apparaît le plus flagrant.
Le film tente de s'emparer de thématiques contemporaines d'arrière-plan : la violence d'État, les dérives du complexe militaro-industriel et la paranoïa sécuritaire. Mais au lieu de traiter ces sujets comme des forces matérielles structurantes, Wingard et son scénariste les réduisent à de simples accessoires de décor. Les conspirations et les menaces militaires ne servent que de prétexte narratif paresseux pour justifier une orgie d'affrontements.
En emballant cette violence nihiliste dans l'esthétique léchée propre aux productions A24 (lumières saturées, nappes de synthétiseur vintage, violence complaisante mais soigneusement cadrée), le long-métrage vend une subversion en trompe-l'œil. C'est du cynisme marchand présenté comme de l'audace artistique : on feint de critiquer le spectacle de la violence tout en en consommant avidement chaque plan. Le sous-texte politique est nul, remplacé par une ironie postmoderne fatiguée qui empêche le spectateur de prendre quoi que ce soit au sérieux.
Une mécanique à vide
Visionner Onslaught, c'est assister à une démonstration de savoir-faire technique totalement désincarnée. La mise en scène de Wingard tourne à vide : les scènes d'action, bien que plastiquement soignées, s'enchaînent avec une répétitivité anesthésiante. Faute d'enjeux réels et de personnages auxquels se raccrocher, l'ennui s'installe rapidement malgré le rythme effréné.
Le film se trouve piégé dans un entre-deux fatal : trop prétentieux dans sa forme pour être un pur divertissement décomplexé, et trop creux sur le fond pour constituer une œuvre de genre mémorable. Une tentative stérile qui confirme que la stylisation maximale ne suffira jamais à pallier l'absence totale d'idées.