Stanley Kubrick choisissait souvent des sujets brûlants pour ses films et Orange mécanique ne faisait pas exception à la règle. Si ce film avait été beaucoup critiqué par les gauchistes parce qu'il glorifiait le sexe et la violence tout en pervertissant la jeunesse de l'époque et si l'extrême droite l'encensait aveuglément parce qu'il mettait en lumière la montée de la violence urbaine alimentant de part la même leur fantasme irrépressible de transformer la France en une dictature militaire, personne n'avait compris le message profondément subversif caché derrière cette provocation de façade. En effet le véritable propos de l'œuvre portait davantage sur la manière dont la société peut vouloir réhabiliter des individus en réduisant à néant toute leur humanité y compris ses plus bas instincts. On pouvait donc sans mal considérer Orange mécanique comme un récit d'anticipation dans le même esprit que le 1984 de George Orwell ou comment la société humaine peut vouloir contrôler tous les individus qui la composent les transformant en esclaves dociles libérés de leurs pulsions animales, des êtres totalement soumis à la société et obéissant à ses désirs sans ne jamais plus utiliser le moindre libre arbitre. Orange mécanique n'était donc ni une publicité pour la malveillance gratuite ni une glorification de l'état policier mais une réflexion plus large sur le libre arbitre et les dérives malsaines de la société afin de déshumaniser ses citoyens pour faire soi-disant leur bien malgré eux. Subversif, le film de Stanley Kubrick l'était assurément et l'intemporalité de l'époque à laquelle il se passe lui permettait de rester toujours aussi d'actualité de nos jours.