Sorti en 1983 et réalisé par Francis Ford Coppola, Outsiders est l'adaptation d'un roman du même nom de S. E. Hinton. Il adaptera également dans un même mouvement Rusty James (1984) du même auteur et de nouveau avec Matt Dillon et Diane Lane au casting. Se déroulant dans les années 60, Outsiders est à la fois un teenage movie dans la plus pure tradition américaine, mais aussi un film sur la lutte des classes. Attention, ce n'est pas un film sur la ségrégation raciale entre les noirs et les blancs, comme on aurait pu le croire, mais plutôt entre les riches et les pauvres.
Dans les années 60, nous retrouvons deux bandes rivales qui s'affrontent dans une petite ville de l'Oklahoma. D'un côté, nous avons donc les Greasers/les pauvres avec les cheveux gominés et pas d'avenir et de l'autre côté, nous avons les Socs/les riches biens sous tous rapports et promis à un brillant avenir. Tout les oppose et bien sûr ils ne s'apprécient pas. Le film s'intéresse plus particulièrement aux trois frères Curtis qui sont membres des Greasers, avec Ponyboy (C. Thomas Howell) qui a treize ans et ses deux frères, Darrel (Patrick Swayze) le plus âgé et Sodapop (Rob Lowe) le cadet. Chez les Greasers, on retrouve également le meilleur ami de Ponyboy, Johnny (Ralph Macchio) qui a seize ans, mais aussi Dallas (Matt Dillon) qui est le plus imprévisible de la bande, Two-Bit (Emilio Estevez) qui est un fan de dessin animés et Steve Randle (Tom Cruise) qui fait des salto arrière, pour les premières cascades de Tom Cruise au cinéma.
Ponyboy étant le plus jeune de la bande, ce n'est pas facile pour lui. Il subit les provocations des Socs, sans toujours trop savoir comment se défendre. De plus, il a perdu ses parents et c'est son frère ainé Darrell qui a repris les responsabilités familiales. Mais ça ne l'empêche pas de rêver, se prenant pour Paul Newman après avoir vu l'Arnaqueur. Lorsqu'il rencontre Cherry (Diane Lane), tout bascule pour lui. Cherry étant une Socs, son petit ami se sent offensé par l'imprudence de PonyBoy. La situation s'envenime entre PonyBoy et les Socs, jusqu'au moment où, tard dans la nuit, lui et son meilleur ami Johnny se retrouvent piégés par ces derniers non loin d'une fontaine. Après la bagarre, Ponyboy se réveille et observe la fontaine remplie de sang. C'est Johnny qui a poignardé un Socs qui tentait de noyer Ponyboy dans la fontaine. Tous deux vont alors devoir fuir ...
Outsiders est un drame sociale centré sur Ponyboy. Il est pris entre deux figures fraternels/paternels que sont Dallas et Darrel. Dallas est la mauvaise influence du groupe, il est sorti de prison et on sent qu'il est à deux doigts d'y retourner. Darrel quant à lui est le grand frère protecteur, qui veut le meilleur pour son petit frère, mais qui ne sait pas comment l'exprimer. La relation entre les trois frères Curtis est très touchantes, avec le cadet qui est pris en étau entre ses deux autres frères. Tout aussi intéressante est la relation entre Ponyboy et Johnny avec le thème de la perte de l'innocence («Nothing Gold Can Stay». Et puis il y a Dallas, qui est un pur personnage tragique. On ne sait pas exactement comment ça va finir pour lui, mais on sait que ça va finir mal !
Seulement dommage que le seul personnage féminin du film soit si peu exploité. Au début, on croit que Cherry c'est un peu la Juliette qui s'éprend de son Roméo, mais l'idée sera vite coupée court. Non, ce qui intéresse Francis Ford Coppola ici, ce n'est pas cette petite amourette à la Roméo et Juliette, ce qui l'intéresse c'est cette lutte sociale et cette prédestination sociale. Quand on nait pauvre (ou badguy), est-on destiné à être pauvre (ou badguy) toute notre vie ?
Bref, Outsiders est un très bon teenage movie, dans la même veine qu'un Stand by me (1986) ou qu'un Breakfast Club (1985). On sent aussi chez Francis Ford Coppola une forte influence de la Fureur de vivre (1951) et de West Side Story (1961), avec une histoire un peu à la Roméo et Juliette. C'est un film difficile à classer, ça part parfois dans tous les sens et ça manque aussi de maitrise. On sent que c'est un petit projet pour lui et qu'il avait besoin d'un peu de repos après le tournage cataclysmique d'Apocalypse Now. Alors certes, ce n'est pas le meilleur film de Coppola, mais son savoir-faire est bien là.