France vs Belgique
C’est certainement ce cynisme incontrôlé, qu’il laisse filer puis qu’il finit par discipliner, qui fait de Guillermo Guiz un véritable artiste.
Ce sale gosse d’origine belge, qui n’a toujours pas digéré la défaite de la Belgique face à la France en 2018, traîne encore cette rancune légère. Cette prétention française, face à l’humilité des Belges. Un peuple qui aime se moquer de lui-même, des Français, de tout le monde en somme. Mais aujourd’hui, quelque chose a changé.
Il se sent vieux. Quarante ans, casé, une femme, un enfant. Finies les conneries, les beuveries. Le sentiment d’être dans un bourbier. Plus d’idées. Puis il regarde son chien, Ozzy. Et Ozzy le regarde aussi, comme pour lui rappeler qu’il suffit parfois d’aimer quelque chose sans raison pour que les blagues reviennent. D’où le titre du spectacle. Parce qu’il suffit de peu, parfois, pour raviver l’inspiration.
Et le voilà reparti. Avec ses travers de petit bourgeois de gauche, où l’humour s’entrelace à la critique sociale et politique. Il parle de racisme, d’inégalités, d’hypocrisie amoureuse, de masculinité toxique. Jamais moralisateur, toujours lucide. Et surtout, il invite à réfléchir en riant.
Son écriture donne une vraie profondeur au rire. Pas comme d’autres, qui tentent de se réinventer à coups de nouveaux personnages, pour des blagues qui finissent par tourner en rond.
Guillermo Guiz, avec sa rigueur lexicale et son style singulier, enchaîne les piques acérées et les anecdotes touchantes sur sa famille ou son enfance.
Parce qu’il sait habilement théâtraliser ses sujets, et faire du micro le prolongement de sa pensée tordue. Ce dernier spectacle est profondément humain, intime. Il réussit l’exploit de traiter de tout avec une insolence désarmante, sans jamais sombrer dans la méchanceté. Peut-être parce qu’il sait maîtriser à la fois le fond et la forme. L’intellect et le rire.
Créée
le 2 mai 2025
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