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Vu à une époque où je portais encore Fight Club aux nues, et où la télévision familiale s’apparentait à un énorme bloc, j’avais placé Panic Room en bas de filmographie de David Fincher. Une œuvre qui privilégie la forme au fond en se tirant par la même occasion une balle dans le pied. Un sentiment qui semble partagé par beaucoup au vu de la moyenne tiédasse des usagers de SensCritique. Et si mon visionnage 2025 confirme qu’effectivement, le cinéaste joue pleinement sur l’épate technique, cela m’a paru cette fois totalement au service du récit.


Oui, la caméra est omniprésente, se baladant dans tous les recoins de la maison dans des mouvements qui la font remarquer, proposant des travellings fluides qui interrogent le spectateur sur le processus de fabrication (tout le film a d’abord été conçu en prévisualisation, tandis que le décor, un gigantesque plateau sur trois étages aux parois modulables, laissait le champs libre au placement des deux caméras). Des outils extradiégétiques omniprésents qui pourraient en effet être dommageables, s’ils n’apportaient pas de la substance. Car ces caméras agissent comme un sixième personnage. Ces trackings shots visibles qui poursuivent les deux victimes, ces traversées de mur qui éliminent l’usage de split-screens par le mouvement tout en renforçant l’aspect compartimenté de la résidence (et donc la claustrophobie de Jodie Foster), ce jeu des caméras de surveillance qui permet de voir où les pions sont placés sur cette échiquier géant et qui, lorsqu’il disparaît, accroît la tension… L'œil des caméras, diégétique ou non, est l’outil voyeuriste qui permet au suspense de tenir, et sa forte présence ne fait que renforcer le malaise de cette intrusion dans l’intime.


Et elle servent évidemment la lisibilité hors pair de l’action, grâce à une topographie des lieux immédiatement connue, dès ce plan séquence de l’intrusion qui offre une véritable visite guidée, alors même que l’emménagement précédemment vu laissait quelques parts d’ombre à la demeure, le temps que Jodie Foster et Kristen Stewart s’approprient les lieux. La tension est par ailleurs largement amplifiée par le travail sur le paysage sonore qui, outre la partition de bonne facture de Howard Shore, propose une couche supplémentaire en faisant se propager les sons à travers planchers et parois, ajoutant à l’anxiogène claustrophobie de l’intrigue. Dès lors, chaque pas sur le parquet, chaque grattement sur un mur, chaque coup de masse sur un plafond, laisse présager du pire.


Le dispositif tient également par la tenue du scénario qui fait dans l’authenticité technique. David Koepp annonce d’entrée de jeu les règles sur le fonctionnement et l’inviolabilité de la panic room, et celles-ci sont respectées de bout en bout. Ici pas de gruge, pas de subterfuge paresseux, l’ouverture de la salle ne sera bien que par le choix d’un personnage. Si cela entraîne l’intervention de quelques situations convenues (l’otage), cela n’enlève rien à l'intelligence d’un concept auquel on colle. Mieux encore, pour tenir la distance, on va inverser les situations lors du dernier tiers. La pièce maîtresse, auparavant sanctuaire et cage, devient l’objet de la convoitise de Foster. Et là où son personnage transfère initialement son anxiété à sa fille, c’est le personnage de Forest Whitaker qui va prendre le relais et transférer une forme d'apaisement à l’adolescente.


Personnage de Whitaker au demeurant archétypal du gentil méchant (le Bon), au même titre que celui inquiétant de Yoakam (la Brute), et que le bouffon de Leto (le Truand). Mais personnage qui, bien que éduqué et employé, ne parvient pas à subvenir aux besoins de sa famille (à priori médicaux), ce qui en dit long sur la société dépeinte en arrière-plan. Car si Panic Room privilégie effectivement la forme pour mener son suspense tambour battant, il n’est pas vain pour autant dans ce qu’il raconte. Le fait que ces panic rooms existent bel et bien est déjà un constat sociétal. Sont-ce les produits d’une paranoïa poussée par quelques vendeurs de tapis (le marketing même de ces salles jouant sur la peur des clients dans un capitalisme qui fait fi de l’éthique), ou de véritables besoins dus à l’appât que représentent ces riches demeures pour des gens désespérés? Dans un cas comme dans l’autre, les implications systémiques sont peu reluisantes.


Et Fincher de conclure sur plan extérieur, où Kristen Stewart épluche les appartements dans le journal, qui voit dans un travelling compensé (effet Vertigo) renvoyant à la claustrophobie de sa mère, tout en montrant son paradoxe lorsqu’elle approuve des logements moins spacieux. Une évolution contrainte, inverse à ce que lui disent corps et esprit, qui porte les stigmates du traumatisme.


P.S.: Le making-of présent sur la galette le confirme, Jared Leto était déjà un trouduc en 2002, pointant son flingue sur les équipes techniques ou sur sa tempe dans un humour crétin (quand bien même l’arme est factice), ou simulant l’attaque à la masse des caméramans…


Créée

le 1 avr. 2025

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Frakkazak

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