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C'est la fille.
Paris Texas, c’est l’existence d’un terrain vague au milieu de nulle part, une contrée vide de vie qui ne demande qu’à reconstruire les péripéties d’un passé lointain et oublié. Derrière un accord...
le 23 févr. 2015
Je l’avais adoré plus jeune. J’en gardais le souvenir d’une œuvre sensible, esthétique, pleine de poésie. Revu aujourd’hui, c’est la sidération, puis la colère. Paris, Texas n’est pas un film touchant : c’est une imposture émotionnelle. Une carte postale creuse, saturée de poncifs, de clichés poussiéreux sur l’Amérique profonde, et d’un sexisme crasse, le tout filmé avec cette complaisance lente et affectée qu’on prend trop souvent pour de la profondeur.
Wenders n’en est pas à son coup d’essai : Perfect Days m’avait déjà écœurée par son regard de petit-bourgeois occidental sur un Japon fantasmé, lissé, esthétisé à outrance. Même procédé ici, appliqué cette fois aux États-Unis. Les "marges", les paumés, les cabines de strip-tease à vitres sans tain : tout y passe. C’est du kitsch haut de gamme, calibré pour flatter l’œil et le cœur des spectateurices qui aiment se croire sensibles à la mélancolie des "âmes perdues" – tant qu’elle est joliment éclairée.
Le personnage principal, Travis, en est l’illustration parfaite. D’abord mutique, hagard, inquiétant même. Il devient en une poignée de scènes un type relativement fonctionnel, vaguement bourru, capable de conduire, parler, faire des choix. Incohérence totale. Le vernis de mystère se craquelle rapidement pour laisser place à une coquille vide : ce n’est pas un personnage, c’est un archétype romantique de la douleur masculine.
La relation père-fils ? Plate, mécanique, artificielle. Pas une seconde je n’y ai cru. Pas une once d’émotion. On dirait une pub molle pour une assurance-vie. Et surtout, pas une seule scène ne parvient à justifier moralement ce que fait ce "père" : revenir après quatre ans d’absence, embarquer un gamin de 8 ans sur les routes sans prévenir, avant de le larguer dans une chambre d’hôtel avec un message de lâche sur un dictaphone. "Je suis pas fait pour être papa, mais ta mère saura, parce que c’est une maman." Voilà. Le discours suinte la morale genrée, paternaliste et démissionnaire. Mais Wenders le filme avec douceur. Presque avec tendresse. Comme si cet abandon était un acte de lucidité, un geste d’amour. C’est insupportable.
Et que dire de Jane ? Elle a 17 ans quand elle le rencontre, lui en a plus de 40. Il est jaloux, abusif, alcoolique. Il lui attache une clochette au pied pendant qu’elle dort, pour s’assurer qu’elle ne s’échappe pas. Je vous laisse relire cette phrase. Il l’attache à un four. Et le film évoque cela avec une complaisance répugnante. Tout cela passerait encore si le réalisateur prenait le soin de le dénoncer. Mais à aucun moment la mise en scène ne nous guide dans cette direction. Au contraire, elle nous invite à éprouver de l’empathie pour ce personnage.
Des années plus tard, il la retrouve. Et il l’entraîne, presque comme si c'était un cadeau, à reprendre son rôle de mère. Rappelez-vous, l’enfant est seul, dans une chambre d’hôtel, depuis des heures. Il l’attend. Quelle adulte responsable pourrait refuser d’y aller ? Et elle y va. Elle sourit. Elle accepte. Comme si c’était normal. Comme si c’était beau.
Mais rappelez-vous, c’est une maman, évidemment qu’elle veut retrouver son enfant :)
Passons sur le fait qu’elle savait très bien où il était – elle lui envoyait de l’argent depuis quatre ans. Si elle avait voulu le retrouver seule, elle aurait sans doute pu. Mais dans cette histoire, c’est lui qui détient la clé du récit. C’est lui qui décide du moment du “retour”.
La fin est une synthèse grotesque de cette morale bien-pensante et réactionnaire : tout le monde à sa place, chacun son rôle. La mère retrouve son enfant (alléluia), le père s’efface, figure sacrificielle, rédemptrice. L’ordre est rétabli. La boucle est bouclée. Le film se clôt sur une image rassurante. C’est propre. C’est chrétien.
Oui, Paris, Texas est "beau". Mais cette beauté est celle d’un mensonge. Celle d’une mise en scène qui maquille la violence, qui poétise l’abandon, qui romantise la domination.
Et puis bon, l’actrice est sublime. Ça aide.
Mais c’est bien à ça que servent les femmes, non ? À être belles. Et à être des mamans.
Créée
le 30 mai 2025
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