Almodovar est un des rares cinéastes à savoir me faire aimer le quotidien au cinéma. Bien sûr ses histoires sont très souvent teintées de mystère, abracadabrantesques et comptent de nombreux personnages improbables mais j'apprécie son style, ses couleurs, la manière qu'il a de raconter la vie d'espagnols triés sur le volet. Car il raconte véritablement la vie d'espagnols, à la sexualité débridée pour la plupart, puisqu'il met en lumière leur tortures intérieures et leurs répercutions extérieures. Ces dernières naissent de l'amour, de la mort, du vice et du mensonge, Almodovar ayant toujours pris du plaisir à introduire la fatalité comme obstacle au bonheur.

Parle avec elle est selon moi le meilleur Almodovar, ex æquo avec Talons Aiguilles qui m'aura longtemps fait de l’œil avant de partager son titre. Il raconte l'histoire de Benigno, un jeune infirmier, et de Marco, un journaliste, qui s'occupent d'une femme dans le coma chacun. L'une est Alicia, fille du psychiatre de Benigno. L'autre est Lydia, torera vedette de la tauromachie en Espagne que Marco a interviewé. Simplement dire que les deux hommes en sont éperdument amoureux serait incorrect et réducteur, l'intrigue étant assez complexe avec son lot de retours en arrière, d'ellipses et de coups de théâtre, qui nous aident à comprendre le pourquoi, à démêler le vrai du faux.

Avec un scénario grave mais sensuel interprété par de sublimes comédiens, le réalisateur espagnol réussi l'exploit d'invoquer en nous des sentiments contraires : joie, peine, mélancolie, gêne, angoisse... ce qui doit jalouser bon nombre de réalisateurs-scénaristes. Mais Parle avec elle c'est aussi une belle réussite technique : une photographie sucrée, chaleureuse, d'une granularité singulière qui crève l'écran et coule à travers la rétine du spectateur, consciente d'elle-même, d'être celle d'un Almodovar virtuose, et une musique à la beauté bouleversante ; Caetano Veloso m'aura presque arraché une larme avec Cucurrucucu Paloma et je pense garder en mémoire le thème principal jusqu'à ma mort.

Il est de ces rares métrages qui me font prendre conscience que le cinéma est une véritable passion, un domaine auquel se consacrer corps et âme, un pan entier de l'existence. Parle avec elle est un de ceux-là. Je ne saurais dire pourquoi mais il éveille en moi une envie de créer, d'écrire mes propres histoires et les porter à l'écran. Je ne le peux, assurément, même si aujourd'hui l’avènement d'Internet et des technologies numériques ouvrent de nombreuses portes. Mais cet Almodovar-là en particulier éveille ce sentiment en moi.

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le 15 janv. 2015

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