Difficile de parler après la claque que nous met ce film tant Almodóvar avance sur un fil tendu, manipulant les zones d'ombres dérangeantes de ses personnages.
Le film prend son temps. Pendant la présentation des personnages, et avant que les intrigues s'entrecroisent, on avance à l'aveugle, sans trop savoir où l'histoire nous mène, emporté par une chronologie faite de perspectives croisées, comme on peut le voir dans les autres films d'Almodovar.
La grande force, mais aussi le malaise du film, réside dans le regard du cinéaste. Almodóvar laisse ses personnages s'exprimer et exister sans jamais poser de jugement moral sur eux. En cela, il rend leur humanité complexe et non manichéenne, malgré la part d'horreur du film.
Almodóvar filme des êtres animés d'une attention sincère, d'une dévotion et d'une tendresse particulières, tout en explorant les dérives d'un attachement qui semble sincère. Le spectateur se retrouve coincé entre l'empathie pour leur solitude et le malaise face à leurs actes, qui plonge celui qui regarde le film dans un vertige éthique déstabilisant. Difficile donc de de ne pas finir ce film avec des émotions très contradictoires.
Un jeu d'équilibriste rare et osé.