Dans une comédie musicale, le chant est censé venir exhausser le réel, l’enchanter. Il y a une surabondance de vie qui fait qu’on passe naturellement de la parole au chant, de la prose à la poésie. Comme si on assistait à la naissance du lyrisme.
Partir un jour fait l’inverse. Ce n’est pas le réel qui est élevé par le chant mais le chant qui est aplati au niveau du réel. Les morceaux choisis sont redondants par rapport aux situations. Ils les surlignent avec lourdeur. Pas besoin du “Loir et Cher” de Michel Delpech pour comprendre la rupture entre l’héroïne et son milieu social. Pas besoin de “Pour que tu m’aimes encore” pour comprendre que Raphaël en pince encore pour son ancienne camarade. En sorte que les moments chantés, en eux-mêmes pas déplaisants, se mettent à sonner faux. Les acteurs ont beau chanter juste, les situations sonnent faux. Même quand la réalisatrice déjoue l’attente du spectateur en mettant les premières secondes de “Je l’aime à mourir” et arrête brutalement comme pour dire “ah, je vous ai bien eus !”, cette malice sonne faux. Le morceau en question ne colle pas à la situation. Sofiane s’apprête à dire ses quatre vérités à Cécile qui est en face de lui alors que les paroles de la chanson de Cabrel parle d’une sorte de muse lointaine et surnaturelle à la troisième personne. Quelque chose cloche.
Ce qui cloche c’est que le film transforme tout en accessoire. Les chansons ne sont plus des fragments d’art populaire mais des biens de consommation parmi d’autres, des accessoires. C’est la “pattern recognition” du marketing. L’identification des schémas. Le spectateur est censé jouir de la reconnaissance des motifs. La chanson française est accessorisée. Quelle tristesse. Les morceaux sont comme des bibelots, des clichés enfilés comme des perles. Pas que les chansons d’ailleurs, les personnages aussi. Le duo comique des deux zygotos dont je ne me rappelle plus le nom est un pur accessoire. François Rollin et Dominique blanc sont des accessoires. Tous les personnages donnent un peu l'impression d'être les accessoires les uns des autres. Même le chien est un accessoire. D’ailleurs il n’a pas du tout l’air dans le film. Les gens qui aiment les chiens l‘auront remarqué. Le film lui-même est un grand accessoire. À la hauteur des discours lénifiants et suraccessoires de Laurent Laffitte et Juliette Binoche qui l’ont précédé dans la cérémonie d’ouverture du festival.
Partir un jour est l'oeuvre symptomatique d’une époque exsangue. Si fade et dévitalisée qu’elle en est réduite, comme un vampire, à aller sucer le sang d'un corps plus vigoureux, le corps bodybuildé des années 90. La toute fin du XXe siècle et son aimable insouciance, son énergique niaiserie...
Ma note : 4 Philippe, Adel et Frank sur 10.