à l'orée des années trente, Pasqualino tente de se faire un nom et une réputation dans une Naples où l'honneur et la réputation font loi. Sa fatuité n'a d'égale que son goût pour les femmes. affublé de 8 sœurs qui semblent vouées aux tâches ingrates et au célibat, Pasqualino mène une vie de patachon, persuadé que sa réputation et son revolver suffiront à lui éviter les écueils de la misère ambiante.
Problème, quand une de ses sœurs tombe sous la coupe d'un maquereau, tout vacille. son honneur ainsi que celui de sa famille ne sauraient subir pareil affront. Malheureusement pour lui, Pasqualino n'est pas à proprement parler un bandit notoire ou un tueur de sang froid, et son projet de vendetta se heurte à une cruelle réalité: il n'est qu'un poisson dans un monde de requins. déjà le vernis craquelle, révélant la lâcheté et l'amateurisme du bonhomme.
C'est le début d'une longue descente aux enfers pour la petite frappe napolitaine. Que ce soit pour échapper à la peine capitale ou pour fuir l'horreur institutionnalisé des asiles psychiatriques de l'Italie fasciste, Pasqualino va déployer des trésors de veulerie et de mesquinerie pour parvenir à ses fins. Mais la grande histoire est en marche, et notre anti-héros se retrouve malgré lui confronté à bien plus violent, sadique et machiavélique que lui. Face à l'horreur, ses seules armes restent sa ruse, sa gouaille et sa soif désespérée de survivre.
La force de ce film réside dans le basculement progressif de la norme et de la morale. L'histoire et le destin de Pasqualino viennent habilement poser la question de ce qui fait de nous des êtres bons ou mauvais face à la nécessité de survivre. C'est à travers les événements sans cesses plus dramatiques auxquels est confronté Pasqualino que se révèle son humanité. Plus qu'un voyou ou un séducteur, il est un homme assoiffé de vivre, prêt à tout pour sauver sa peau.
Loin d'être une fresque dramatique et déprimante, Pasqualino s'inscrit plutôt dans la veine des comédies sociales italiennes où la satire naît de la confrontation entre un anti-héros dont les défauts et les bassesses tendent un miroir acerbe à la société qui le condamne. dans la première moitié du film, on rit de bon cœur des outrances du personnage. La faconde italienne portée haute par Giancarlo Giannini ainsi que son jeu tout en exubérance nous transporte sans peine dans l'ambiance moite et sordide des bas-fonds napolitains. Les décors et la photographie ne cherchent pas à capter la beauté sauvage de Naples, mais plutôt à rendre grâce à ses quartiers déclassés, et aux gueules qui les peuples.
Le film avançant, le propos se fait plus profond à mesure que Pasqualino voit se déliter sa vie au gré des coups du sort. Les rencontres et les événements viennent tour à tour questionner chez lui et chez le spectateur les questions de l'honneur, de l'engagement, des croyances politiques ou encore de la santé mentale. Sans apporter de réponses moralisante, le film s'appuie sur le paradoxe du bourreau devenu victime pour souligner l'absurdité et la violence à l'oeuvre dans la société. La dernière partie offre à ce titre une réelle mise en abime entre Pasqualino devenu victime de la guerre et de ses atrocités, abasourdi par la violence, éperdu de liberté, et la fatalité glacée d'un monde devenu inhumain, sadique. L'anti-héros ne s'est pas découvert une vocation de sauveur, nulle rédemption pour le voyou, mais son humanité transparait enfin face à la noirceur qu'il doit endurer. Giancarlo Giannini offre dans cette dernière partie de film une partition plus organique et tragique de son personnage. On se surprend à être touché et empathique pour cet homme qu'il incarne, médiocre mais pas foncièrement mauvais.
Ce film, dans la grande tradition de la comédie italienne, offre des moments de bravoure par son jeu d'acteur, mais sans jamais tout à fait tomber dans l'outrance. S'il souffre d'un rythme parfois inégal et de quelques longueurs, la progression narrative de la comédie vers le drame est amené avec intelligence et sans manichéisme. Au final, le pari est réussi. Pasqualino est un salaud, mais de ceux qu'on prend plaisir à voir tomber le masque, et à nous interroger sur l'impact de l'histoire collective sur nos trajectoire individuelles.