Patton
7.2
Patton

Film de Franklin J. Schaffner (1970)

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Film de guerre impressionnant par sa longueur et par son sujet. Sa longueur est de presque 3 heures qu'on ne voit pas passer. Le sujet est la vie du général Patton de son arrivée au Maroc début 1943 à Berlin fin 1945.

C'est un film de guerre dont on verra assez peu de faits de guerre ou de descriptions de batailles ou de discussions stratégiques. Juste ce qu'il faut pour les cinéphiles aficionados. On comprend très vite que le sujet, c'est le bonhomme et son comportement face à ses troupes, face à l'ennemi, face aux alliés et face à sa hiérarchie.

Né pour la guerre. Par ses exploits antérieurs sur le front de la première guerre mondiale dont Patton sort colonel en 1918, il est général deux puis trois étoiles (le film laisse ironiquement une marge d'interprétation sur le passage à la troisième étoile) à son arrivée au Maroc. C'est un "soldat" dans l'âme. La fin justifie les moyens. Il doit remettre de l'ordre dans une armée désorientée après la défaite de Kasserine en Tunisie ? Qu'à cela ne tienne, il sera brutal et agressif, ne tolèrera aucun manquement à la discipline et la troupe suivra d'autant mieux que les premiers succès contre l'Afrikakorps le confortent dans ses décisions et son comportement. D'ailleurs dans la scène pré-générique grandiose qui le met en scène sur fond d'un immense drapeau US, il donne le ton avec un discours binaire où, grosso modo, dans le monde, il y a d'un côté les vainqueurs et de l'autre les vaincus. Pas de place pour les sentiments. La victoire ou la mort.

Jusqu'au faux pas (la fameuse gifle) où Eisenhower prend la mesure du bonhomme et le relève de ses fonctions pour le réserver sur d'autres missions. La brutalité a ses limites et le monde n'est pas aussi binaire que Patton le pense. C'est d'ailleurs la limite du personnage. Excellent pour une mission coup de poing où il faut sortir de l'ornière une armée, où il faut gagner de vitesse l'ennemi. Incompétent pour toute question de géopolitique. Or dans une guerre mondialisée avec des camps composés d'alliés de pure circonstance, la géopolitique prend largement le pas sur le combat, certes nécessaire.

En fait, le film montre très bien les limites du "soldat" Patton qu'il faut utiliser à bon escient et surtout mettre au vert dès que la mission est remplie.

C'est une des raisons pour laquelle j'ai voulu revoir ce film car, s'il y a quelque chose en laquelle je crois c'est dans le très intéressant principe de Peter. Selon lequel, dans une entreprise, tout employé s'élèvera progressivement à des postes à responsabilités de plus en plus élevées jusqu'à atteindre son niveau d'incompétence. Suivant le niveau atteint, cela peut conduire carrément à des catastrophes ou, au contraire, à rien. Là, dans l'armée, c'est encore plus évident mais aussi plus facile à contrôler et à maîtriser. Ma réflexion sous-jacente ne concerne en rien le personnage de Patton mais plutôt le cas (extrême et pas si invraisemblable…) d'un homme d'affaires (promoteur immobilier) "talentueux" devenu milliardaire qui finirait dans la peau du chef d'un grand État ... Mais la comparaison tourne un peu court du fait que le film de Shaffner n'analyse la vie de Patton que sur un laps de temps bien trop court (trois ans, à peine) …

Autre grand intérêt du film, c'est la réflexion sur la gloire militaire qui est éphémère. Il y a plusieurs livres ou films qui traitent de ce sujet de façons très variables. Par exemple, il y a l'homme ordinaire qui se découvre soudain un talent de guerrier à la guerre tel le capitaine Conan (Roger Vercel / Tavernier) que tout le monde (militaire) respecte et adule mais qui dégringole au plancher des vaches et à l'oubli de tous, lorsque la guerre est finie. Pour ce qui concerne Patton, c'est sa foi dans la réincarnation d'un légionnaire romain ou d'un grognard présent à Austerlitz et pendant la retraite de Russie (au moins), qui lui donne un sens à sa vie. Mais dès lors qu'on lui signifie son congé, qu'il comprend que la guerre est terminée et qu'il devient un homme lambda.

Spoiler : d'ailleurs, je m'étonne que le film termine sur un Patton qui part … Alors que dans la réalité, il meurt des suites d'un bête accident de voiture en Allemagne en décembre 1945.

Reste l'interprétation du rôle du général Patton par George C. Scott (je ne connais pas ou peu) qui habite réellement son rôle. Même dans les excès du personnage, il reste parfaitement crédible. De même qu'on se plait à retrouver Karl Malden dans le rôle d'Omar Bradley ou Michael Bates dans le rôle de Montgomery.


JeanG55
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le 26 mars 2026

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JeanG55

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