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Bal des hypocrites : quand les hommes jugent les hommes, les angles morts s'accumulent

Ca ne fait que confirmer mon avis sur ce réalisateur qui a la maturité d'un bambin en période d'opposition. Le forme et le fond se rejoignent dans l'affirmation d'une morgue dont on se demande qui elle peut déranger aujourd'hui.

A cette époque d'OF et de réseaux sociaux, la revendication de Bella de pouvoir choisir avec qui coucher pour de l'argent semble aujourd'hui caduque. Les désirs de possession et de contrôle des hommes sur les femmes sont bien présentés, mais rien de nouveau sous le soleil, par contre les moyens de coercition sont à côté de la plaque, seule la force est traitée. Malgré sa quantité astronomique de rapports sexuels en multipliant les partenaires, Bella ne tombe jamais enceinte, jamais malade, jamais de situation de domination financière, jamais de dommage psychologiques irréversible, elle peut aller étudier l'anatomie sans trop de difficulté apparemment aussi d'ailleurs.

Happy Ending de rigueur dans une espèce d'Eden de libertarianisme, de post-humanité ou les corps et les âmes (hommes et animaux) peuvent-être mutilés, travaillés sans consentement.

La direction artistique est d'une rare laideur, le monde Steampunk semble sorti d'une jeu video mobile bon marché, les décors généré par un Midjourney en fringale de prompts. Les costumes sont là pour renforcer le grotesque, Bella est habillée en poupée géante (attention métaphore). Lanthimos n'est intéressé que par le grotesque, mais juste du dégueu et du rigolo, au final rien n'est réellement dérangeant, juste agaçant au dernier degré, la seule source d'effroi ayant été pour moi la bêtise insondable du propos du film.

Pauvre Emma Stone, envoyée en pâture par un cinéaste démiurge et ogresque, elle prend des risques inconsidérés pour devenir sa créature, ironique n'est-ce-pas ? Légèrement contradictoire avec le propos du film, non ? Son corps, ses yeux, ses cheveux, sa démarche sont partout, elle, n'est nulle part, annihilée. Sa meilleure performance (le mot n'a jamais été aussi adéquat) pour un film qui ne la méritait aucunement. J'espère que ce ne sera pas aussi son tombeau, comment allons-nous revoir Lalaland et ses autres films précédents après l'avoir vue ici avilie, baladée.

SI vous voulez un film sur un sujet similaire, la destruction des femmes, avec un propos beaucoup plus profond, une mise en scène très originale et dont l'effroi n'est pas suscité par des dispositifs laborieux mais par un description et un propos organique, je vous recommande fortement de regarder sans attendre la Ronde de Nuit de Peter Greenaway (oui le sujet porte bien sur le tableau de Rembrandt, mais va bien au-delà et est impitoyable sur la société hollandaise du XVIIème siècle), qui est aussi beaucoup plus exigeant. Je gage que ce film vous fera voir le film de Lanthimos avec un regard d'une rare sévérité.

Créée

le 21 janv. 2024

Critique lue 62 fois

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