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Poor Things est l’histoire d’une expérience jetée à notre poursuite. Tête de fiction au corps réel pour visiter le monstre qui n’est ni derrière, ni devant, mais dedans, autour, ambiant.

L’une des questions que pose le film est : qu’est-ce qu’une expérience dé-synchronisée du monde peut en dire ? Dit autrement : qu’est-ce que ça fait de l’appréhender avec un cerveau d’enfant dans un corps de femme ? Yorgos Lanthimos répond par un procédé : les excès portés par sa créature frankensteinienne rendent plus visible une monstruosité parallèle : l’homme. Comme si la meilleure façon d’en dénoncer les excès serait précisément de le regarder à travers deux corps opprimés, raccommodés en un seul tout.


Au départ, le spectateur est mis dans une position d’observateur très externe. De façon similaire à l’assistant, Max McCandles, il recueille les données, multiplie les prises de vues (œil de judas, plongées et contre-plongées), tente de faire la lumière sur la créature étrange qu’est Bella. Balbutiante, animale ; repoussante ; un passage progressif vers l’humanité se produit, marqué visuellement par la transition du noir et blanc à la couleur.


La thématique de l’assujettissement - déjà présente dans Canine - est ici répétée en référence à une figure religieuse qui a « créé » (Le père appelé God), une promesse matrimoniale qui lie, un bellâtre qui veut écraser le désir ou un passé forclos qui se manifeste à nouveau comme une camisole. Il est donc question, à chaque fois, de dominer le corps de Bella : le rafistoler, le cloîtrer dans un espace, en vouloir la propriété absolue ou espérer l’exciser de ses organes. Le monstrueux ne se dévoile donc que depuis le regard masculin ; lequel y voit une expérience monstrueuse en ce qu’elle défait les relations d’exclusivité qui étaient sa prérogative.


Il n’est pas étonnant, à cet égard, que Bella choisisse précisément de faire travailler son corps et celui des hommes. Elle dissèque leurs fantasmes et finit par mieux connaître leur propre fonctionnement (en référence à la scène où un père instruit ses fils sur la sexualité). Pratique “médicale” avant l’heure, fondée sur d’autres bases.


L’expérience, dit-on, se retourne toujours contre son créateur. Le laboratoire, à la fin, est entre les mains de la créature. Changement de propriétaires.


Nathan_Degreef
8
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le 6 avr. 2024

Critique lue 14 fois

Nathan Degreef

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