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Trop court !
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le 8 mars 2026
Pour son premier long-métrage, Antoine Vazquez adopte la forme du film documentaire afin de traiter un sujet qui lui tient à cœur, et le touche personnellement. Faisant de sa caméra une fenêtre donnant sur la vie de son ami Benoît, le réalisateur s’empare de la question des personnes queer qui grandissent et vivent à la campagne, et y subissent l’isolement et l’exclusion, une absence d’anonymat et une forme de contrôle social plus forte qu’ailleurs, autant de facteurs qui les poussent la plupart du temps à partir pour la ville, ou ils pensent trouver plus facilement un milieu et des communautés qui les acceptent. Mais certains, comme Benoît, restent.
Alors qu’il le suit au quotidien et s’intéresse notamment à la manière dont il vit son homosexualité dans ce monde rural, Antoine va sans s’y attendre accompagner Benoît et d’autres personnes queer qui se réunissent afin d’organiser la première pride du Périgord vert.
Durant leurs entretiens, Benoît se met presque à nu. Il avoue que jusqu’à récemment, il ne se sentait même pas capable d'aimer pleinement, de s'offrir à quelqu'un physiquement et émotionnellement, ce qui témoigne sans doute de la difficulté d'être queer à la campagne, mais aussi d’un contexte familial pénible, au point que durant son enfance, il prétendait être un autre, dansait en cachette par exemple, par peur du jugement, ou du rejet.
Benoît parle aussi du collège dans lequel il travaille en tant que surveillant, ou il a pu observer quelques couples homosexuels, chose selon lui impensable à son époque. Pour principal mécanisme de défense, Benoît se rendait invisible, préférant ne pas être vu du tout, plutôt que d’être jugé.
Au départ, il peine à s’identifier comme «queer» parce qu’il ne se reconnaît pas dans la dimension politique que revêt cette notion. Il a un rapport entièrement personnel à son homosexualité, et ne veut pas la définir, il dit vouloir échapper aux cadres, là ou d'autres les utilisent pour trouver une identité commune.
« J'ai besoin qu'il n'y ait plus de mots »
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Benoît s'exclue du cadre «queer» car il n'en a pas besoin, mais aussi parce qu'il a peur de ce que le mot implique, peur de se rendre visible en l'embrassant. Une peur qui s'estompe grâce aux rencontres qui parsèment le film, et grâce à cette Pride, qui lui permettent de se réapproprier sa peur, et d'en faire une force.
À plusieurs reprises, l'on observe un mur toujours présent et qu'il est difficile de franchir même avec la Pride comme tremplin. Durant leurs échanges pour décider de la manière d'organiser l'événement, des voix se font entendre pour exprimer la crainte d'un événement trop «différent», qui ferait peur aux autres, des injonctions de «normalité» tentent de limiter la liberté de ce défilé jugé violent ou provocateur. On parle même de gens se sentant agressés par de telles manifestations. Sommet d’ironie, une de ces opposantes contredit l'un des organisateurs qui évoque la pénibilité d'être queer en campagne, en lui expliquant que les choses vont beaucoup mieux qu'avant, selon elle.
La parole des principaux concernés est pratiquement remise en cause, juste avant que ne soient mises au jour des dégradations des chars et décorations prévues pour la Pride, ainsi que des tags homophobes. Bien vite, la réalité de la relative tranquillité de ces personnes queer prend d'autres airs. Ils sont tranquilles parce qu'ils sont loin des regards, ne se montrent pas ou peu, l'acceptation est encore difficile. Mais ils relèvent la tête, et main dans la main, marchent ensemble, avec fierté.
Avec Pédale Rurale, Antoine Vazquez se saisit d’un sujet rarement abordé au cinéma, bien que l’on puisse penser par exemple au film d’Antoine Chevrollier, La Pampa, sorti en 2024.
« Pendant des projections dans un collège, sur deux classes de troisième, il y a eu trois coming out »
Ce documentaire, récompensé durant ce 45ème FIFAM par la mention spéciale du jury étudiant, résonne chez beaucoup. Son réalisateur nourrit l’espoir d’aider des personnes seules qui ont besoin de parler, mais aussi de pouvoir ouvrir un espace de discussion, afin de faire bouger les lignes.
Magnifique ambition que de souhaiter permettre à tous de pouvoir, comme Benoît, émerger de sa chrysalide, libre, et entouré de personnes qui l’acceptent, enfin.
Créée
le 30 nov. 2025
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