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Persepolis, c’est l’histoire de l’Iran vu à travers les yeux d’une enfant, avec toutes les déformations et exagérations que cela induit (comme ces femmes du comité qui se muent en bêtes serpentines). Puis par ceux d’une ado qui cerne mieux ce monde dangereux sans en réaliser toutes les ornières. Enfin, par ceux d’une adulte, trop au fait de l’horreur quotidienne pour s’y contraindre, trop éprise d’une liberté qui devrait être acquise pour tout un chacun.
Ce récit utilise le personnel pour aller à l’universel. Une universalité qui passe non seulement par l’histoire dans l’Histoire, mais également par le support d’un dessin en noir et blanc, épuré, où la simplicité du trait et l’abstraction de l’esthétique rendent les émotions immédiatement identifiables, qu’importe les parcours du spectateur. C’est ce choix qui explique le succès du film à l’international, que Satrapi a reçu des messages de rescapés de régimes autoritaires de par le monde, tant en Afrique qu’en Amérique latine. On ne nous compte pas la vie d’une fille iranienne, mais celle d’une personne lambda et de sa famille évoluant à travers la guerre et les dictatures, qu’importe où, qu’importe quand.
C’est le compte rendu d’une vie ordinaire avec une histoire ordinaire dans des circonstances extraordinaires. Satrapi, de ses propres dires et des tumultes de l’actualité iranienne récente, ne se voit jamais comme une exception mais bien comme une femme de Téhéran parmi tant d’autres. Elle a simplement eu la chance de pouvoir s’exiler et de conter son parcours. L’autobiographie n’est ainsi plus une finalité mais un prisme, sa vie n’étant utilisée que pour parler de son monde.
Par ailleurs, si les traits font effectivement dans la concision, cela n’empêche pas à l’animation de charrier avec elle une puissance évocatrice remarquable, passant de la légèreté et la poésie à l’horreur et à la peine, d’un simple coup de pinceau. Les transitions que permettent le genre sont fluides et inventives, permettant de tenir le spectateur dans un film qui se renouvelle sans cesse visuellement, tandis que l’on passe facilement du rire aux larmes.
Terminons sur le rire d’ailleurs. Car Marjane, à la ville comme à l’écran, est extrêmement drôle, ne serait-ce que via sa langue affûtée par la sincérité de son jugement. Les différentes interviews de la galette m’ont fait découvrir une femme formidable que je ne connaissais jusqu’alors que par ses travaux. Pas de chichi, pas d’esbrouffe, la Marji de Persepolis qui constate rapidement que le Shah, “c’est un connard en fait”, n’a rien à envier à l’artiste disparue trop vite. Celle la-même qui en séance spéciale au Grand Rex en 2023 répondait à la question de la présentatrice “Si vous aviez une question pour le monde, quelle serait-elle?” par un simple et efficace : “Pourquoi vous êtes si cons?”.