La carrière de cinéaste de Pascal Bonitzer commence au moment où vient d'éclore la "Nouvelle nouvelle vague" du cinéma français du milieu des années '90, alors que d'illustres étudiants de la Fémis sortaient (ou venaient de sortir) leurs premiers films, comme : Desplechin, Ferran, Lvovsky, Masson, Rochant ou Fillières.
Marrant d'ailleurs d'apprendre bien des années plus tard que Bonitzer et Fillières formaient un couple à la ville (il n'y a pas de hasards).
Une liste à laquelle on pourrait rattacher le nom de cinéastes plus âgés, qui n'avaient pas forcément suivis le même cursus mais qui étaient d'anciens critiques de cinéma (aux Cahiers du Cinéma, d'ailleurs, petit clin d’œil à l'Histoire) comme Assayas, Dubroux (dont l'invisibilité du film LE JOURNAL DU SÉDUCTEUR, depuis sa sortie en salle, constitue toujours un mystère de l'édition vidéo française) et donc : Bonitzer, qui nous occupe aujourd'hui.
Cette "vague", cette folle énergie créatrice, influença tellement le cinéma français qu'elle infusa jusqu'aux films de certains de leurs confrères, parfois très expérimentés, en redonnant même un coup de fouet à leur carrière. L'exemple le plus frappant étant celui de Ruiz, pour qui Bonitzer était scénariste (il faut voir TROIS VIES ET UNE SEULE MORT et GÉNÉALOGIES D'UN CRIME).
Pourtant le "cinéma d'auteur" français des années '90 est LE grand absent du paysage de l'édition vidéo française en Full-HD.
Forcément, les passeurs mourant les uns après les autres, le public ne peut plus s'en remettre qu'aux éditeurs eux-mêmes.
A l'exception de quelques directeurs de collection téméraires, protégés par de grands groupes aisés (Gaumont, Canal, etc) et bien aidés par le CNC qui les perfuse financièrement.
Même s'il est difficile de leur en tenir rigueur, puisqu'on comprend bien l'impératif financier et la recherche de l'équilibre qui en découle, on peut tout de même le regretter.
Surtout quand beaucoup préfèrent (ré)éditer en Full-HD ou en 36k, la moindre Série B de seconde zone, oubliée (souvent à juste titre) du cinéma de genre américain ou transalpin, plutôt que des films comme : EN AVOIR (OU PAS) (il aura fallu attendre 30 ans ?!), PETITS ARRANGEMENTS AVEC LES MORTS, OUBLIE-MOI, PAS TRÈS CATHOLIQUE, N'OUBLIE PAS QUE TU VAS MOURIR, NÉNETTE ET BONI ou LA SENTINELLE.
Autant de films importants, malheureusement "égaux en droit", qui subissent la même injustice en matière d'édition vidéo en Full-HD : le néant !
Pire est le silence assourdissant qui les entoure et les condamne à l'oubli collectif.
Personne pour parler de la frénésie créatrice de cette période bénie du cinéma d'auteur français.
Ce n'est vraiment pas glorieux mais c'est comme ça, la moindre réédition en 36k d'INDIANA JONES se vendra toujours mieux que n'importe laquelle des éditions de ces films. Il faut se rendre à l'évidence.
Même s'il n'appartient pas à ce mouvement, PETITES COUPURES, quelques mois avant ROIS ET REINE, marque selon moi, une nouvelle étape de cette "Nouvelle nouvelle vague".
Les carrières étaient lancées la décennie précédente. Le nouveau millénaire marquerait les confirmations.
Le mouvement entrait en quelque sorte dans "l'âge adulte".
En tout cas, revoir PETITES COUPURES 23 ans après sa sortie, permet de confirmer qu'il s'agit d'un petit bijou romanesque au casting imparable, dans lequel Bonitzer faisait une nouvelle fois, la démonstration lumineuse de ses talents de dialoguiste, bien épaulé par Salinger (figure de la "Nouvelle nouvelle vague", tiens donc).
Un tableau duquel les cadres et la photographie si caractéristique de Lubtchansky, collaborateur de longue date du grand Rivette, sont indissociables.
Et la boucle est bouclée !