Phantom of the Paradise représente un de mes grands chocs de spectateur, un des films qui a fait de moi le cinéphile que je suis. Il fait partie de ces œuvres qui vous marquent profondément, dont vous savez dès la première rencontre que vous en serez amoureux toute votre vie. Phantom of the Paradise, c’est la promesse d’un cinéma autre, déjanté, référencé, libre, fou furieux. C’est aussi la découverte d’un cinéaste qui n’était jusqu’alors qu’un simple nom, Brian de Palma. Luc Lagier a dit que De Palma était un cinéaste idéal à découvrir adolescent car c’est un cinéma obsédé par l’affirmation de soi. Cette idée est très juste, et Phantom of the Paradise fut la première découverte d’une filmographie qui ne cessera de m’enthousiasmer, jusqu’à sa récente perdition.

Rencontre improbable entre le Fantôme de l’opéra de Gaston Leroux, le mythe de Faust, et la musique rock des années 50/60/70 tout en s’autorisant des références à Marcel Proust, Phantom of the Paradise est l’histoire d’un créateur de génie broyé par le star-system, d’un amour à sens unique, du renoncement à ses principes par la fascination de la célébrité. Un mélange des genres qui parvient toujours à trouver son équilibre pour frôler le grotesque sans jamais tomber dans le ridicule. De Palma traite son histoire avec ironie et distanciation, comme lorsqu’il montre la foule en délire applaudissant sans fin la mort de la rock star idolâtrée. Il faut tout de même admettre que cette approche légèrement cynique empêche parfois le film d’avoir l’ampleur qu’il pourrait avoir, ainsi le récit de l’amour de Leach pour Phoenix n’atteint peut-être pas toujours le niveau qu’il devrait avoir et peine à impliquer le spectateur. Mais de Palma aurait-il pu choisir une autre approche sans alourdir son film ? Pas sûr.

On reproche parfois au film d’être complétement « autre » dans la filmographie de son auteur. C’est oublier qu’on y retrouve beaucoup de thèmes qui jalonnent son œuvre : le voyeurisme (Swann voit sans être vu), l’individu seul face au pouvoir, et une certaine idée du romantisme qui atteindra son paroxysme dans L’Impasse. De même, on retrouve ses obsessions formelles comme le split-screen et les références Hitchockienne. L’interprétation est dominée par Paul Williams, génial en producteur tout puissant et mégalomane, dont la voix offre de très belles chansons au film. A ses côtés, William Finley, fidèle des films de jeunesse de De Palma est plus en retrait mais est tout aussi inoubliable en artiste dépossédé, de même que Jessica Harper formidable femme-enfant, comme elle le démontrera plus tard dans le Suspiria d’Argento. Enfin, on notera Gerrit Graham, déjanté en rock-star à la diction plus que maniérée.
ValM
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le 30 juil. 2014

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