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Le chant du Swan
J'ai un poil de sourcil blanc. Déconne pas, c'est sérieux. J'ai peur. Dans peu de temps, j'aurai sûrement un sourcil tout blanc. Un tout blanc et un autre tout noir. Oui je t'ai pas dit, j'ai deux...
le 17 avr. 2014
Passé l’étiquette de postmoderne que l’on a souvent accolé à son nom, et qui se démode inéluctablement avec le temps, De Palma demeure, rétrospectivement, le cinéaste qui a le plus, et le mieux, questionné les possibilités de son art jusqu’à en faire le sujet même de ses films. C’est cette volonté, toujours renouvelée chez lui, de raconter des histoires de manière purement cinématographiques où le sublime côtoie aisément le grotesque, dans un même geste créateur.
La reprise, et l’aboutissement, de l’héritage hitchcockien est, à l’ère de la prolifération des sources d’images, l’intégration de celles-ci (comme on intégrerait un élément exogène) au sein même du film. Reprise directe de l’ouverture du Touch of Evil d’Orson Welles, le split-screen a alors une fonction au moins double et ambiguë. C’est d’abord par le don d’ubiquité dont il est la représentation, la réalisation d’un fantasme de cinéaste et de spectateur, celui d’être à deux endroits différents au même moment et par cette opération, d’envisager l’évènement dans sa totalité. Enfin, et peut-être surtout, il est témoin de la difficulté, voir l’impossibilité, d’ajuster deux images de sources différentes (l’une est télévisuelle, l’autre représenterait le point de vue du cinéaste) afin d’en retirer la substance réelle. La grande leçon du film est peut-être la suivante ; le contrôle de l’image est la condition sine-qua-non du pouvoir. Complètement conscient de cela, Swan, démiurge ironique, est un personnage dont la mise en scène est perpétuelle. C’est un jeu sur sa propre introduction, suite de simulacres qui, du morcellement du corps (une voix, un reflet) jusqu’à la contamination de l’objet-film (un personnage, pour s’adresser à lui, regarde directement la caméra) dénotent les pleins pouvoirs du personnage. Cette volonté d’embrasser tous les points de vue prend littéralement la forme d’une prolifération des écrans et conduit inévitablement à une indistinction entre la réalité et son simulacre. Deux exemples pour en témoigner : l’assassinat de Beef lors de la première au Paradise, censé être un moment de vérité pur devient alors clou du spectacle pour la foule en liesse ; Winslow observant plaintivement les ébats amoureux de Swan et Phoenix devient lui-même filmé par une caméra de surveillance. Cette manière d’avaler par l’image prive l’humanité jusqu’à toute forme de tragique. Demeure sa simple représentation.
A ce titre, la fin du film est, sinon vraisemblable, très logique. Swan, en décidant de mettre en scène son mariage avec Phoenix à la télévision en même temps que l’assassinat de celle-ci programme en réalité sa propre perte. Dépassé par l’événement qu’il pensait contrôler, c’est au tour du public d’investir la scène, télescopage du Vrai avec le Faux dans une pure jouissance du spectacle.
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le 27 janv. 2019
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