Premier long métrage de Luciano Ercoli, Photos interdites d'une bourgeoise appartient à cette première génération de gialli qui précède encore les grandes flamboyances visuelles de Dario Argento. Ici, point de déferlement de meurtres spectaculaires ni de tueur iconique. Le réalisateur privilégie le thriller psychologique et la machination, dans une veine qui doit autant à Alfred Hitchcock qu'au roman policier classique.
L'intrigue repose sur un scénario habile où une jeune femme, prisonnière d'un mariage en apparence confortable, voit progressivement son univers vaciller. Derrière les apparences d'un simple suspense se dessine une critique assez acerbe de la bourgeoisie italienne. Comme souvent dans le giallo des années 1970, l'argent occupe une place centrale. Héritages, intérêts financiers et manipulations constituent le véritable moteur du récit. Les personnages évoluent dans un monde privilégié mais profondément vide, où les sentiments semblent systématiquement contaminés par les questions matérielles.
L'une des grandes réussites du film réside toutefois dans sa manière d'aborder la sexualité. Sujet majeur du giallo, celle-ci est ici traitée avec une remarquable retenue. Frigidité, libertinage, perversité ou encore attirances saphiques traversent le récit sans jamais donner lieu à une quelconque surenchère. Ercoli préfère la suggestion à l'exhibition. Cette élégance contribue largement au climat trouble qui imprègne le film et renforce sa parenté avec certains thrillers hitchcockiens, où le désir est souvent plus inquiétant que sa représentation.
La réalisation témoigne déjà d'un vrai savoir-faire. Les décors luxueux, la photographie soignée et la qualité de l'interprétation participent à l'efficacité de l'ensemble. Mais le principal atout du film demeure sans doute la partition d'Ennio Morricone, dont la musique accompagne parfaitement les doutes et les angoisses de l'héroïne tout en donnant à l'ensemble une dimension presque mélancolique. Bien sûr, Luciano Ercoli n'est ni Mario Bava ni Dario Argento. Son cinéma relève davantage de l'artisanat de qualité que de la révolution esthétique. Pourtant, ce premier essai séduit par son intelligence, son élégance et sa capacité à installer un malaise durable sans jamais céder à la facilité. Un très bon représentant du giallo de machination, subtil et raffiné.