Fasciné par la difformité de l’homme, Eduardo Casanova signe un premier film déroutant et déconcertant dans la lignée des vieux « Freaks » et « Un chien Andalou ».
Mais en mettant en scène ses personnages, repoussants de prime abord, dans un écrin rose bonbon Wesandersonien et en s’intéressant au rapport de ces personnes avec leur corps et le monde, Pieles s’avère être une oeuvre poétique d’une grande délicatesse. Car si Guille, Samantha, Ana et Cristian ont en commun leur difformité physique (que je ne précise pas pour ne pas gâcher le plaisir de leur découverte, surtout Samantha), ils ne pourraient pas être plus différents.
Ana assume son visage, Guille veut en changer, Samantha ne peut pas et se résout à écouter son père qui veut la cacher et Cristian, bien que « normalement » constitué souhaite se séparer de ses jambes.
Isolés, cachés et entourés par les mauvaises personnes au début du film, ces « freaks » vont devoir passer par de nombreuses épreuves dans l’espoir de s’accepter et d’être acceptés et nous faisant passer, nous spectateurs, par toutes les émotions : entre explosion de rire et larme à l’oeil en passant par le fameux « Wtf am I watching ?! » qui perso m’avait manqué.
Techniquement le film est incroyablement soigné. Les cadres sont millimétrés et la photographie capture avec précision les couleurs d’un décor remarquablement construit.
Et paradoxalement, alors que cette réalisation impeccable et cet univers cosy devrait faire ressortir le particularisme des personnages principaux, un étrange retournement s’opère au point que ce sont les personnages physiquement normaux que nous prenons rapidement pour des freaks.
Il doit s’agir là de l’objectif initial de Casanova (dont je recommande le compte insta, mdr) mais aussi de sa plus belle prouesse.
Enfin bref, pour un petit film d’à peine 1h20, Pieles dit (sans moraliser) et montre (sans se la raconter) beaucoup de choses, à la fois terribles et magnifiques, qui marquent l’esprit avec douceur. Dispo sur Neftlix.