Vu il y a très longtemps à la télé, j'en avais pourtant gardé un souvenir amusé. Le souvenir d'une parodie de films de pirates …
Au visionnage du DVD, oui, il y a certainement de ça mais je pense que Polanski avait d'autres ambitions pour finalement en faire un film de pirates tout simplement. Pour preuve, il a fait reconstituer un véritable galion et fait exploser le budget par la même occasion. (Même si le galion en question fut ultérieurement réutilisé et probablement rentabilisé).
L'histoire manque peut-être de vraisemblance avec, déjà, cette improbable association d'un capitaine anglais Red, obsédé par l'or et d'un chevaleresque matelot français (on n'en sait rien de son statut, en fait), La Grenouille. Si, au départ, ils sont tous les deux seuls sur un radeau au milieu de l'océan, on peut supposer que c'est l'infortune qui les y a réunis et qu'à la première occasion, ils suivront leurs propres destins, voire même se combattront. Mais non, l'idée générale du film est qu'à la fin, il se retrouvent quasiment au même point de départ, seuls et ensemble sur un rafiot au milieu de l'océan.
L'ensemble du scénario fonctionne mais de guingois. Peut-être est-ce les enjeux auxquels on n'arrive pas à se convaincre que ce soit le trône d'or (d'origine inca) pour l'un, la fille du gouverneur pour l'autre. Comme cette dernière fait l'objet de marchandages divers et tortueux, comment croire en la possibilité d'un amour.
C'est au niveau de la mise en scène que le film évite le naufrage (sans jeu de mots). On a parlé du fameux galion mais la scène initiale sur le radeau est bien construite. D'une façon générale, les décors sont superbes, la photographie attrayante et les costumes très réussis. Je ne prendrai que l'exemple des perruques des espagnols et surtout l'entrée en scène de la fille du gouverneur qu'on croirait sortie d'un tableau de Goya. L'idée de la faire chanter avec une voix merveilleuse sur un bateau en pleine mer dans un monde d'hommes pas forcément très raffinés est excellente. D'ailleurs je retombe toujours sur le même écueil scénaristique. L'idée est bonne mais c'est pour en faire quoi ? C'est comme les perruques tarabiscotées faisant des officiers de bord espagnols un peu maniérés (voire légèrement ridicules) s'opposant à l'aspect rude du capitaine anglais. Ok mais qu'en fait-on ? Parce qu'au final, les espagnols avec leurs belles perruques font ce pourquoi ils sont appointés : ils conduisent le bateau et quand il le faut, ils combattent…
D'ailleurs c'est ce genre de détails qui me fait dire que le film n'est pas tant une parodie que ça. Le potentiel comique de l'allure des officiers espagnols n'est pas utilisé.
D'autres idées, excellentes au départ, n'aboutissent pas ou ne vont pas au bout du burlesque : je pense à la scène du rat qui est récupéré par le cpt Red, qu'on retrouve dans la soupe des matelots puis finalement dans l'assiette du capitaine ; ce rat est la cause d'un début de mutinerie mais termine en flop.
Au niveau du casting, Walter Matthau, dans son rôle de capitaine Red, vieux pirate cupide et sans scrupule, est excellent ; je dirais même qu'il crève l'écran à côté de tous les autres personnages beaucoup trop pâlichons. Là encore, le scénario lui fait peut-être la part trop belle et ne laisse pas suffisamment d'espace aux autres acteurs.
Le jeune intrépide "La grenouille" est joué par quelqu'un que je ne connais pas, Cris Campion. Son jeu n'est pas déplaisant et la petite romance avec la fille du gouverneur se présentait bien pour n'aboutir nulle part. Là aussi, il y avait de l'idée. Au départ. Avant de se perdre quelque part au milieu de l'océan …