Planètes
6.1
Planètes

Long-métrage d'animation de Momoko Seto (2025)

Les akènes de pissenlit dans la vallée dérangeante

Il serait peu dire que Flow, le long métrage de Gints Zilbalodis, a remué le monde du cinéma. Pourtant, si le film a eu une carrière formidable en festival jusqu'à décrocher le golden globes du meilleur long métrage d'animation et d'être à jamais le tout premier long métrage indépendant à remporter l'Oscar du meilleur long métrage d'animation, ses débuts au Festival de Cannes n'ont pas été faciles. Débutant à la sélection Un Certain Regard, le film a été sévèrement boudé médiatiquement par toute la croisette qui a totalement snobé le long métrage, malgré un bon accueil public et un plutôt bon retour presse par quelques journalistes qu'on dirait presque lancé en pâture aux lions. L'un des symboles les plus évident de ce traitement en demi teinte (sans parler l'absence de photocall pour l'équipe du film, surement qu'ils auraient du ramener un chat sur la croisette pour imiter l'équipe de Sauvages de Claude Barras) reste la monté des marches de l'équipe du film, non transmise sur Brut ou sur la chaine Youtube du festival car trop préoccupé par l'arrivé de l'équipe du film Marcello Mio de Christophe Honoré (pour le retour presse et public que ça a été, ça valait vraiment le coup). Malgré un rétropédalage et des tentatives assez veine de se réapproprier le succès du film, le Festival de Cannes n'est pas un endroit où l'animation est le bienvenue. Cette situation peut s'expliquer par plusieurs choses, allant de la projection controversée de Shrek 2 en compétition officielle (qui a amené des retours incendiaire sur la crédibilité du festival), ou encore de la virulence et la faible ouverture d'esprit de certains journalistes (qui s'exacerbent sous le soleil cannois ou même la fatigue et la transpiration contenu en projection presse ou au théâtre lumière) et qui donne lieu à des séquences légendaires où ces derniers partent dans tous les excès, en quête d'une phrase choc pouvant les faire inscrire dans l'histoire en descendant un film qui peut devenir culte, kit à paraitre pour un con si ce dit film remporte la Palme d'or. Quoi qu'il arrive, le constat reste tristement le même: Cannes n'est pas encore assez ouvert pour considérer l'animation à sa juste valeur. En résulte une sous-représentation de l'animation à Cannes, avec deux films sélectionnés cette année en sélection officielle, une sélection à la Quinzaine des réalisateurs, et une sélection à La Semaine de la critique. En plus d'avoir un pitch et un dispositif très intriguant, Planètes de Momoko Seto était attendu au tournant car pressenti l'année dernière lors de la dernière édition du Festival de Cannes. Le film fait finalement la clôture de la Semaine de la Critique, et contre toute attente, le film n'a pas eu de très bons retour alors qu'il fait office de favori pour cette édition du Festival d'Annecy.


Même en y allant sans attentes particulières, j'avais peur d'une certaine approche documentaire trop premier degré pouvant soit tirer en longueur, soit très vite tourner à la blague. Pourtant, ce n'est absolument pas ce à quoi je pouvais m'attendre car, là où on peut craindre de piquer du nez face à un film contemplatif, quoi que réflexif sur notre rapport à la nature, Planètes est un film d'aventure bas de plafond d'une laideur à faire réveiller les morts. J'ai rarement vu un film aussi immonde visuellement. Entre les animaux mal incrustés, la modélisation des akènes qu'on dirait flotter dans les airs et superposé à même l'image tant ils ne laissent aucune trace dans leur environnement, les raccords lumières foireuses, les environnements 3D qu'on dirait repris de l'Âge de Glace 1, les effets de flamme lors de la scène de la météorite encore moins réalistes que dans le clip I love the way you lie d'Eminem, les lacs et flaques d'eau avec des vagues qui ressemblent à rien, les impacts de la pluie sur l'eau qui n'a même pas été modélisé sur le lac, les effets de retour arrières et de looping horrible qu'on dirait tout droit sorti d'une vidéo Youtube poop pour faire vivre des macro-vidéo de plantes qui grandissent en accéléré, les proportions entre les insectes qui n'a plus aucun sens... Du début jusqu'à la fin, il n'y a pas une scène que l'on peut regarder sans se dire qu'il n'y a pas des problèmes dans tous les sens. Plus que le résultat au global, c'est les intentions même qui ne fonctionnent pas et donnent l'impression d'être bâclé. On veut nous proposer une aventure à hauteur d'akènes de pissenlits à la découverte de la nature, dans un regard naturaliste, mais la grande majorité des animaux et des décors transpirent la facticité lorsque des animaux ou des insectes viennent à être filmés en gros plans et mit en scène dans des situations où l'on voit surtout leurs regards vides et inconscient de ce qui se passe (ce qui est très ironique lorsque l'on voit au générique qu'il y a eu des personnes chargés à la "direction d'acteur"). On pourrait alors croire en une histoire totalement fantastique mais on prend un temps interminable pour filmer la nature en macrophotographie, et à exploiter une image pseudo "naturel" de la nature en la dénaturant à coup de montage dégueulasses. Il y a bien certains décors qui peuvent passer, comme le décor de forêt qui n’est pas trop mal, mais le majeur parti du temps on est en plein dans la vallée dérangeante.


On sent une production compliqué et complexe qui a dû coûter énormément d'argent en recherche et en tournage pour les différentes plantes ou même les insectes, ce qui a sans doute amené le film à se simplifier d'avantage pour se finir, mais à vouloir finir à tout prix, on perd en nuance et en subtilité qui engendre des représentations grossières, que ce soit pour la représentation du réel ou de l'imaginaire. D'un côté, on a une mise en scène d'un univers assumé comme fantastique (avec des calamars fluoresçant, un dialogue inter espèce qui permet aux akènes de communiquer avec des limaces) ou même des décors arides qu'on dirait sorti d'un film de science fiction, ainsi qu'une démarche de grand spectacle lorsqu'il s'agit de filmer les akènes arriver à un nouvel endroit. Mais de l'autre, on veut nous rattacher au chausse pied une caractérisation naturaliste et documentaire de l'environnement quasi terre à terre, notamment lorsqu'il va s'agir de montrer l'eau, la météo ou même les plantes qui sont présentés comme étant des curiosités du monde réel mais présenté à hauteur d'enfant façon Scooby-Doo qui joue les Guide Touristique pour France Télévision avec les akènes qui vont réagir aux spécificités des plantes et créatures exotiques. On a comme un jeu entre la tridimensionnalité du monde et la bidimensionnalité de l'image capturant les insectes et créatures peuplant l'univers. A l'extrême limite, si on devait expliquer la laideur de certaines incrustations d'animaux, ces derniers permettent de mettre en avant la verticalité et l'horizontalité pour iconiser des scènes. Alors que Astérix et le secret de la potion magique , ou même d'un Bad Guys, on joue sur les traits de lumières pour sous entendre un aspect 2D à une animation 3D, l'éclairage permet de mettre en avant les animaux comme étant des êtres en deux dimensions et faire comme des cases de manga... la différence est qu'à aucun moment cela n'a le même niveau de beauté ni même de pertinence. L'anthropomorphisation des akènes en est un parfait exemple de comment le film est tiraille entre l'approche documentaire et une fiction parfois infantilisante. On nous filme des akènes en gros plans (souvent des akènes en 3D avec des poils infiniment épais) et on tente vaguement de donner des émotions par effet Koulechov, mais de l'autre côté on établit des codes de perceptions humains qui n'ont aucun sens. Les akènes se retournent, font semblant de pleurer à chaude larme, tente de faire croire qu'ils sont essoufflé après un effort physique.... ce sont des akènes de pissenlits, ça n'a ni de poumon, ni d'yeux, ni même de conscience. Comment voulez-vous qu'on croit un seul instant aux récits d'akènes filmés avec deux démarches aussi contradictoire ? J'ai ressenti plus d'émotion et d'attachement devant le petit bonhomme en mousse de Jordi Bertran que durant l'intégralité de ce long métrage avec ces vrais/faux akènes qui n'ont aucune logique. Cela n'est pas aidé par le "langage des akènes", consistant en une série ininterrompu de sifflement et de grondement passablement désagréables, qui ajoute à l'horreur visuel une dimension sonore tout aussi agréable. Je ne mentionne même pas l'anthropomorphisation des insectes ou des plantes qui n'a aucune logique, entre sous jeu, traitement naturaliste, et mante religieuse mit en scène avec autant de subtilité qu'un méchant de Power Rangers.


Le scénario et le récit est incohérent de bout en bout. Entre les akènes qui se refusent à se laisser porter au vent tout en sautant comme Luxo Jr, les fois où ils peuvent légitimement s'arrêter et devenir des pissenlits mais "il y a de la route à faire", les akènes qui refusent intentionnellement de se poser parce "non mais vous comprenez, le voisinage c'est important, et on aime grandir dans le calme" (on parle toujours d'akènes dénués d'audition)... tout ça pour prolonger un récit interminable et affreusement redondant dans sa structure qu'on aurait aimer passer à coup de micro-sieste si le rythme n'était pas effréné tout du long, et si la réalisation n'était pas aussi agressive et laide à regarder. La séquence des limaces, pour moi l'un des seuls instants plutôt réussit, synthétise ce que le film aurait dû être. La séquence des limaces arrive à être plus crédible, dans un fantastique sobre et naturaliste en utilisant les éléments de la nature pour raconter un récit et des personnages. Arrivant vers la fin du film, cette séquence remet en perspective le temps perdu face à des futilités inutiles et bêtes durant plus d'une heure de film.


Planètes est un gâchis désastreux, passablement désagréable et inintéressante, qui échoue dans tout ce qu'il entreprend. Tout n'est qu'un bricolage grossier, tentant de construire un récit à base de clichés de scénarios, et pervertissant ses intentions initiales. La fiction ne fonctionne pas à cause des caractéristiques biologiques des akènes de pissenlits, qui bloquent toute évolution de personnage ou de scénario. Le documentaire fonctionne encore moins car sans cesse mis de côté pour un récit d'aventure vu et revu qui n'hésite pas à adopter un ton infantilisant et presque rabaissant pour justifier les facilités d'écritures. Le projet était peu être trop gros pour les moyens de la réalisatrice, au quel cas il aurait peu être fallu repenser le projet à la baisse pour nous épargner ce résultat pratiquement insauvable qu'on espère vite oublier.


5,5/20


N’hésitez pas à partager votre avis et le défendre, qu'il soit objectif ou non. De mon côté, je le respecterai s'il est en désaccord avec le mien, mais je le respecterai encore plus si vous, de votre côté, vous respectez mon avis.

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le 10 juin 2025

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