La série noire continue pour Shane Black. Échec commercial pour l'excellent The Nice Guys, bilan encore plus salé pour The Predator, défiguré lors de sa production avant que la réception ne vire à l'exécution publique. Mais le coup le plus dur est peut-être ce Play Dirty, librement adapté des romans de Donald Westlake/Richard Stark. Du noir à l'état pur, sans écart ni détour. Le sens de la poudre et de l'esprit, en gros le projet rêvé pour un fan de la première heure comme Black. Sauf qu'en lieu et place d'un vrai retour en grâce pour lui, on assiste au contraire à sa capitulation.
Étrange objet que ce contenu Amazon, dont chaque morceau semble appartenir à un film différent. Quelques touches de noirceur subsistent ici ou là (quelques morts sèches), mais elles vont à contre-courant du ton beaucoup plus léger qui traversent les deux heures. En d'autres termes, c'est un contresens total par rapport à l'œuvre d'origine. C'est triste de voir Black reprendre ses mécaniques sans conviction, car l'humour en plus d'être omniprésent est très loin du niveau d'un Kiss Kiss Bang Bang. Et il ne suffit pas de placer l'histoire à Noël et d'ajouter un air de saxophone pour faire illusion. Pire, l'histoire co-écrite avec Charles Mondry et Anthony Bagarozzi n'essaie jamais de surprendre. La recette en plus d'être éculée est parsemée de facilités d'écriture et de péripéties absurdes. Des travers que Black lui-même moquait dans son âge d'or et avec ses buddy-movies !
Venons-en à l'action, correctement filmée mais que l'avalanche de CGI moches achève de rendre factice. On ne croit jamais à ces acteurs filmés devant fonds verts, à ces fusillades dans des rues quasi-vides, à cette ambiance de Noël sans buée. Enfin, Mark Wahlberg dans le rôle de Parker est une effroyable erreur de casting. Il n'a ni la froideur ni la présence d'un sociopathe. Face à Lee Marvin dans Point Blank ou Mel Gibson dans Payback, la régression est invraisemblable. Heureusement LaKeith Stanfield, très bien en Grofield, Rosa Salazar pas mal dans le rôle de Zen et le toujours super Tony Shalhoub arrivent à capter l'attention de temps à autre. Tout le reste transpire le synthétique. À croire qu'une IA a à monté le film, ce qui n'est d'ailleurs pas si fou car les signes de reshoots sont apparents (les cheveux de Wahlberg poussent parfois d'un plan à l'autre). Et Black semble trop assoupi pour s'interposer.