J’avais bien aimé Pleasantville la première fois que je l’ai vu, mais le redécouvrir en 2025 lui confère une justesse tonale bien plus terrifiante. Outre le très belle idée de parer l’image noir et blanc de couleurs au fur et à mesure que le progrès social prend et permet aux individus de s’épanouir, telle une éclosion printanière, c’est aussi la critique acerbe du système de pensée qui régit la société américaine.
Car évidemment que l’époque de cette sitcom niaiseuse dans laquelle s’engouffrent Tobey Maguire et Reese Witherspoon est totalement fantasmée. Un monde sans sexe, sans violence, sans paniers de baskets loupés et où tout le monde il est beau et il est gentil. Un monde sans aspérité qui prône ainsi la fonte dans la masse de toute tentative de s’exprimer et expose ainsi l’American Dream et sa définition purement consumériste établie au XXème siècle pour le chiqué qu’il est.
Alors quand nos deux personnages stéréotypés des 90s tombent dans cette fiction dans la fiction tout aussi stéréotypée, et qu’ils commencent à chambouler l’ordre établi en poussant les ados à explorer leur sexualité, en encourageant les femmes à l’indépendance et les hommes à l’expression de leur sensibilité, ça fait jaser. Car l’uniformité d’une culture induit un caractère réac’ qui voit le moindre changement, la moindre évolution, comme une menace plutôt que comme une continuité logique qui laisse la place aux nouvelles générations de s’exprimer.
“Les jeunes ont la belle vie” peut-on entendre railler les tontons Roger de ce monde après leur troisième verre de jaja. Mais n’est-ce pas le but d’une société saine? D’améliorer la vie de ses citoyens? Et donc par conséquence de les laisser explorer leur individualité pour qu’ils puissent trouver un environnement qui soit adapté à leurs besoins dans le meilleur des cas, ou qui ne soit à minima pas hostile envers eux?
Parce que ce rêve grisâtre et immobile auquel s'accrochent Roger et le maire de Pleasantville, il n’est que ça. Un status quo qui ne bénéficie qu’aux pouvoirs et majorités établis.
« The reason they call it the American Dream is because you have to be asleep to believe it. » - George Carlin