Pleasantville
7.2
Pleasantville

Film de Gary Ross (1998)

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pourquoi, à peine sorti du spider-verse, avoir eu envie de revoir Pleasantville ?

Sans doute parce que Maguire restera toujours mon araignée ( oui, de mon temps on disait l'Araignée, ça date ) - pas préférée, disons légitime - les autres seront forcément des imposteurs - enlève ton masque, je sais bien que tu n'es pas le vrai spiderman - issus du spider-verse ou d'un banal reboot.

Alors voilà, chaque fois je beugue, regardant dans ce film spiderman coincé dans une petite ville ricaine, tentant de se dépatouiller sans sa toile et ses pouvoirs, sauf un : son spiderhumour qui tombe toujours un peu à côté, avec ou sans masque. C'est peut-être même ça qui fait de lui LE spiderman. Mais trêve d'arachnophilie, Pleasantville :

Ce film est un ovni.

Parfaitement construit, parfaitement réussi, sur un scénario qui ne copie, à ma connaissance, aucun précurseur ( si je m'abuse détrompez-moi vite ), avec un casting parfait, peu de moyens, une écriture et des dialogues et un jeu et une mise en scène et des décors et une photo impeccables, il réussit, en se donnant l'air d'une comédiette ( ok ça n'existe pas mais vous voyez l'idée ), à nous plonger dans un vertige ( d'accord, on ne plonge pas dans un vertige, mais... ) existentiel, à contenir une des scènes les plus osées du cinéma, à nous faire rire, souvent, peur, parfois; autour d'un questionnement très casse-gueule ( vais-je réussir à le résumer ? ) :

"Doit on chercher à modifier un écosystème ( culturel ) dont on désapprouve certaines constantes ?"

Non, ce n'est pas une épreuve de philo, et pourtant le film croche dedans à pleines mains ( Krog e-barzh n'ev ket tomm disait ma mère, et pourtant là, c'est chaud ), et cette question est criante chaque jour, et je suis bien incapable d'y répondre avec assurance, parce qu'on ne le tranche en fait jamais sur le fond, mais toujours sur son application:

- selon qu'on juge personnellement un écosystème bon ou mauvais, on trouve impensable ou indispensable d'intervenir dans ses rouages.

Le génie ici, c'est d'avoir posé la question dans un contexte occidental rétro, plutôt que dans celui d'une tribu amazonienne ou de la société iranienne actuelle, par exemple ; une sorte de relocalisation de la question

de l'universalisme des valeurs vs le respect des cultures.

..bien avant les débats/empoignades/excommunications/guerres/massacres actuels.

Le film, lui, a tranché, pas tiède, pas faux cul. Et le récit, impitoyable, se déroule comme une mécanique parfaite,

alors même qu'on suit deux grains de sable dans les engrenages...

La métaphore visuelle est judicieuse et opérante, très cinématographique, notre araignée en civil et sa très cruciale soeur, d'abord uniquement préoccupés de fuir, se cognent au problème, l'attaquent chacun à sa façon, évoluent en se prenant des gadins, jusqu'au dénouement inévitable.... qui n'empêche que je reste avec mon questionnement, parce que ce n'est pas un film, si réussi, si intelligent soit-il, qui pourra le trancher pour moi.

En attendant, envie de revoir Pleasantville, en sachant que ça ne résoudra rien, et presque envie que la série fictive existe, pour voir si on deviendrait accro à ses péripéties bornées dans un espace borné ? Sommes-nous des conso-mateurs de "Pleasantville-la série" qui s'ignorent ?

moranc
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Créée

le 20 juin 2023

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moranc

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