(Attention : légers spoilers)


Quoi ? Vous ne connaissiez pas cette comédie de science-fiction produite pour la star Eddie Murphy à la suite des succès du Docteur Dolittle et de La Famille Foldingue ? Pourtant, Pluto Nash a coûté un peu plus de 100 millions de dollars (120 millions, en comptant la promo) à la Warner qui en a fait son candidat idéal pour concurrencer Spider-Man et Minority Report en ce bel été 2002. Fort de sa tête d’affiche, le studio a pu s’offrir les services du solide artisan Ron Underwood à la réalisation. Ce dernier avait déjà signé les plutôt sympathiques Tremors et Mon Ami Joe. Quelques mois avant la sortie, on imagine donc la Warner confiante… Sauf qu’en fait, tout le monde s’en fout, de Pluto Nash, l’histoire d’un propriétaire de bar lunaire poursuivi par un dangereux entrepreneur nommé Rex Crater… Tout le monde s’en fout à tel point que sur la liste des plus gros échecs au box-office de tous les temps, le film d’Underwood se place en troisième position, avec des recettes internationales d’à peine 7 millions de dollars (dont 4,4 aux Etats-Unis). Catastrophique, si l’on peut dire.


Et ce n’est pas tout, car la presse aussi s’est acharnée sur le film, lui attribuant sur MetaCritic un score de 12% de critiques positives et sur RottenTomatoes un score de 5%… Bref, personne n’aime Pluto Nash, variation autour des thèmes de Total Recall autant que comédie d’action peuplée de personnages hauts en couleurs.


De cette aventure à l’esprit finalement assez proche d’une série comme Futurama, on retient la bande-originale de John Powell (déjà attaché à Eddie Murphy puisqu’il avait composé la musique de Shrek), marquée de son style inimitable (il est l’homme derrière les plus célèbres thèmes musicaux des studios d’animation DreamWorks, dont la sublime BO de Dragons) ainsi que par des sonorités bien plus étranges qui rapprochent le tout d’un énorme cartoon live, ce que viennent confirmer les interprétations outrées d’un casting gargantuesque (Murphy, donc, mais aussi Rosario Dawson, Pam Grier, Alec Baldwin ou encore John Cleese) ainsi que la mise en scène de Ron Underwood, vouée à mettre au premier plan les nombreux effets visuels…


Justement, parlons-en, des effets visuels ! Le travail de Nick Davis et de ses équipes tire constamment le film vers le bas. Flous même au premier plan, en retard sur leur temps à tel point qu’on les croiraient sortis d’un jeu de la ludothèque PS2 (Pluto Nash sort quand même un mois après Star Wars Episode II), les effets numériques de cette superproduction sont absolument consternants. Et il y a fort à parier que si les textures dégueulasses affichées sur les murs des villes futuristes vous choquent, il en sera de même pour l’ensemble de la direction artistique, à l’imaginaire terriblement pauvre.


Le film se conclut sur un énième face à face d’Eddie Murphy avec un clone de lui-même (qu’il interprète bien sûr aussi). C’est la grande récurrence de la carrière d’un acteur tantôt cool, tantôt désespérant. Consulter sa filmographie sur le net est à ce titre intéressant, tant on remarque qu’après les bides de Pluto Nash et du Manoir Hanté et les 999 fantômes, Murphy a peiné à faire redémarrer sa carrière, jusqu’à tenter le tout pour le tout avec le rôle à contre-emploi qu’il construit pour Dreamgirls avant de sombrer totalement dans l’univers de la comédie bas de gamme. Autant dire qu’on attend impatiemment qu’un cinéaste comme Quentin Tarantino le récupère.


En l’état, Eddie Murphy n’est pas le principal responsable de l’échec de Pluto Nash, comme vous vous en doutez, et c’est surtout l’immondice visuelle générale et les incroyables incohérences scénaristiques que Ron Underwood laisse passer (dans une vidéo vue sur ordinateur où Alec Baldwin insulte une jeune fille et pousse violemment un homme dans des escaliers, Eddie Murphy et Rosario Dawson ne remarquent que l’inscription « MZM » sur une mallette et ne sont absolument pas surpris du reste) qui agressent l’intelligence du spectateur.


Il n’en reste pas moins que Pluto Nash n’est pas le pire film de tous les temps, et qu’il nous arrive même à l’occasion de rire aux pitreries de Murphy accompagné de son robot soubrette. Mais voilà, le fait est qu’il vaudrait mieux suivre le film les yeux fermés afin de l’apprécier un poil plus.

Cinefan3000
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le 30 juin 2013

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