Peut-être ai-je vu ce film trop tard, peut-être était-il contestataire en 2011 lors de sa sortie, peut-être que les mouvements féministes, metoo, la meilleure prise de conscience du consentement y sont aussi pour quelque chose, mais je ne comprends définitivement pas les bonnes notes et bonnes critiques de ce film.
Le film cherche à montrer sans concession ce que vivent tous les jours, les flics de la BPM (Brigade des mineurs) et la difficulté de ce métier. Pour assumer ce choix, on part sur un film « ultra-réaliste », parait-il largement documenté, qui va filmer des séries de scènes courtes inspirées de témoignages véridiques où les personnages défilent (un casting le plus large possibles du cinéma français ?), à la manière, durant 70% des scènes du film, d’un documentaire. Bon ok, mais du coup, pourquoi on n’en fait pas un documentaire ? Avec des vrais flics ? Des vrais témoignages ? Des vraies réactions ?
Ah, non Maïwenn veut faire du cinéma, donc elle va rajouter des pseudo scènes de cinéma chez les flics : des histoires d’amours bancales et que l’on voit arriver à 3kms, des drames sous jacents avec des scènes d’actions sorties de nul part (vous m’expliquez la scène dans le centre commercial ?) et des scènes de vies (un moment de danse bien sûr) inintéressantes et moches en plus. Histoire de faire de ces acteur·rices/flics des gens normaux. Des gens de la vraie vie quoi, sauf qu’on y croit à moitié à cette ribambelle de personnages caricaturaux. Toute les classes de la population, comme pour cocher des cases : l’artiste, le couple libre, la lesbienne, le petit bourgeois, la musulmane, la mère de famille passive, le cultivé, la femme entêté, le chef politisé, le flic aux gros bras, le petit caïd… et j’en passe. Et on parle du casting qui ratissent tellement large ? Pour avoir tou·s les acteur·rices un peu emblématiques des années 2010 ? Elle a oublié le noir qui viendrait du 93 (Omar Sy était pas encore famous à l’époque), merde !
Et que c’est mal filmé, bon dieu ! Déjà niveau photographie, c’est moche, la caméra bouge tout le temps, aucun parti-pris dans les cadrages, rien d’un peu accrocheur, un peu inédit, non c’est lisse et chiant. Et la BO, on en parle de la BO ?
Et puis il y a le fond. Oui ces flics font un boulot difficile, dans un univers dégueulasse et se retrouvent confrontés à des situations ignobles où l’on pourrait perdre clairement foi en l’être humain et venir à les haïr pour de bons.
Alors pour le faire comprendre, ici, on joue la surenchère, à fond. Les scènes chocs, les propos chocs, les histoires chocs : le glauque doit transparaitre, le spectateur doit être noyer dedans, jusqu’à une envie de vomir.
Le language est cru, tout le temps. Soit les propos sont justifiés, « c’est dit comme ça, parce c’est comme ça » dirait le personnage de Balloo.
OK, ON SAIT !
Mais ici est-ce pour le propos du film ou pour choquer le spectateur ? On peut se poser la question d’un film pour les petits bourgeois qui veulent se frotter au bas-fond de la société (d’ailleurs n’est-ce pas un peu le rôle du personnage de Maïween, qui trouve l’inspiration dans le glauque ou, et là ça fait peur, dans les scènes de rues du 19ème à prendre en photos des gens de couleurs ?)
Et ces flics ne font-iels jamais preuve d’humanité ? Ne sont-ils jamais touché·es, ému·es ?
Il y a une sorte de caution de la violence aussi bien verbale que physique dans le film, une façon de rabaisser l’autre plus bas que terre, les coupables mais aussi les victimes. Et c’est là que c’est bien plus gênant. Que dire de la scène où une jeune fille vient témoigner d’avoir fait des fellations pour récupérer son portable sans prendre conscience de la portée de son geste. Et ces flics qui se foutent littéralement de sa gueule !
Ici, ce n’est pas un flic qui craque (réaction qui s’entendrait, on a tous besoin de parfois lâcher des méchancetés et des horreurs), mais le respect et surtout le DEVOIR de ses flics est de ne pas le faire devant la victime. Parce que tou·tes si mettent dans la scène, 5 flics et pas un·e seul·e ne se dit à quel point cette gamine doit être paumée pour faire ça (et on n’ose imaginer ce qu’elle a peut-être vécue pour penser qu’une pipe est un jeu).
Ce film, je l’ai regardé avec les yeux de cette gamine, que l’on écoute pas, que l’on moque, que l’on déconsidère, qui n’osera jamais aller porter plainte à la Polisse par peur de la façon dont elle se fera recevoir.