C’est avec regret mais sans surprise que je qualifierais Pompo : the cinephile de film médiocre. Dès les premières minutes de la séance, j’ai compris que j’avais à faire ici à un film qui se servirait du cinéma comme d’un prétexte et non comme un sujet. Comme d’habitude avec ce genre de production proche du shonen, ce qui importe est de faire croire que tout le monde peut accomplir ses rêves, que la méritocratie existe pour qui travaille avec le coeur, que la bonté existe chez tout le monde même les méchants banquiers, bref un propos qui me semble bien naïf et me rend légèrement nauséeux : j’ai tant de fois levé les yeux au ciel face à une niaiserie aussi déconcertante et qui, sous prétexte de développement personnel, défend ardemment le statu quo.
Le premier problème du film me paraît être ses personnages. Bien que l’on puisse s’attacher à Gene Fini et son regard fatigué, il ne se révèle jamais comme un personnage complet. Le spectateur est toujours en droit d’en attendre plus, de la nuance, des regrets. A contrario, nous avons le droit à un personnage monochromatique, qui se déplace bêtement d’un point A à un point B au bon gré du scénario. Pomponette, elle, est exagérée en productrice tsundere, et ne donne elle non plus place à aucune subtilité. Nathalie, qui aurait pu être un personnage essentiel de ce récit est très vite mise de côté et ne sera rien d’autre qu’un soutien frêle pour Gene. Enfin, Martin a beau être un acteur richissime et absurdement célèbre, il se révèle - évidemment ⸮ - terriblement sympathique et tendrement humble, bref un personnage auquel il me semble difficile de croire.
Mais là où le film me paraît hélas foirer son propos, c’est dans sa vision du cinéma. Pour le film, ce qui semble « faire cinéma » , ce sont les bandes noires, l’étalonnage, les mouvements de caméra à outrance, les flares, bref l’esbrouffe. Bien des séquences réalisées par Gene pour son film s’avèrent en réalité être clipesques, on ne s'intéresse jamais à ce qui fait l’ipséité du cinématographe, à ce qui en fait un Art. Il n’y a jamais aucune subtilité : on aurait pu espérer que le film d’auteur soit un vrai film d’auteur, mais le film fait le choix de remplacer la subtilité par des effets visuels dignes des mangas les plus puérils : éclairs, ombres, auras, vent, plumes, transformations… Cela donne une tournure ridicule au film, et donne une idée radicalement opposée à ma conception de cet art : la surenchère et l’hyperbole comme moyen d’expression cinématographique. Où est l’économie des moyens, où sont les aspérités, où est le réel, où sont les possibilités pour le spectateur de s’investir lui-même dans les images du film plutôt que ça soit les images qui s’imposent à lui ? Lors d’une des premières séquences du métrage, Pomponette explique qu’il y a, selon elle, plus de mérite à faire ressentir des choses au spectateur avec un film non-subtil, ma réponse est « Non. » et je tiens pour preuve ce film.
Les séquences de montage montrent d’une certaine façon le dur quotidien d’un monteur, avec la dose de fatigue, le stress, la matière des rushes qu’il faut travailler et qui ne suffit pas à elle seule, c’est une bonne chose. Le problème est que le film cherche à rendre cela spectaculaire avec, encore une fois, des effets à gogo. De plus, en laissant Gene monter son film seul, le film laisse supposer qu’il est plus intéressant pour un réalisateur de monter son film seul, ce qui me semble être une idée fausse : le regard neuf est important. Un nouveau personnage aurait pu faire son apparition et venir contrarier la perception de Gene pour lui faire découvrir une nouvelle facette de ce que peut être le cinéma, en charcutant, travaillant, remodelant son film entièrement. En effet, une belle manière de faire une ôde au cinéma aurait été de se faire confronter plusieurs visions de ce que ce média peut être, de faire de Pomponette une véritable défenseuse du film de série B, de montrer Gene en tant qu’admirateur sincère du cinéma d’auteur, de faire des acteurs des gens qui défendent des écoles de jeux différentes, de montrer un scénariste dont le film se fait détruire puis reconstruire par un réalisateur, de montrer un réalisateur qui rate son film puis aboutit à un chef-d’oeuvre grâce à l’équipe de tournage puis au monteur, bref de créer de la confrontation et de la compromission en ne donnant raison et tort à personne. Au final, ici, tous les personnages avancent dans une même direction béate, il n’y a qu’à voir cette séquence ridicule où une scène entière du film se construit sur des propositions de différents membres de l’équipe sans jamais qu’aucune ne soit remise en question, réfléchie : rien ne naît de beau.
Le seul point où je suis d’accord avec le film concerne les quatre-vingt-dix minutes idéales d’un long-métrage. Je partage totalement cette idée, néanmoins avant de vouloir faire des films courts, il serait plus pertinent de chercher à faire des bons films.
14/07/2024