Un objet cinématographique curieux basé sur un fait divers connu, l'affaire Flactif (2003). Au premier abord, l'œuvre souffre d’une esthétique austère qui rappelle le téléfilm de seconde partie de soirée. Pourtant sous sa rudesse et son manque apparent de subtilité se cache un thriller social brut, profondément malaisant, dont on ne décroche pas. En effet, à l’instar de L’Adversaire inspiré de l'affaire Romand), le film baigne dans une atmosphère glaciale.
Pour autant, Guirado n’est pas un simple exécutant de télévision ; le réalisateur a des techniques et distille de vraies idées de cinéma. Ce sont notamment les plans de transition : les trajets en voiture serpentant dans la montagne, la caméra qui s'attarde sur un brasier nocturne dévorant les preuves, etc. Ces moments suspendent le temps et installent une tension rampante.
Ce cachet si particulier est renforcé par le jeu des acteurs. Jérémie Renier et Julie Depardieu campent des personnages aux traits caricaturaux, basculant parfois dans la maladresse. Mais étrangement, cette outrance fonctionne : elle accentue l'effet de réel en montrant des êtres ordinaires dépassés par leurs propres névroses, prisonniers d'une spirale qui les dépasse.
J’ai lu que ce film avait été projeté en cours de SES, cela ne me surprend pas tant l'angle choisi par Guirado est précis : il filme ce fait divers non pas comme un simple accès de folie meurtrière, mais comme une tragédie de classe. Le film décortique la confrontation entre des prolétaires frustrés (les Caron) et des possédants flamboyants (les Castang). Le titre, Possessions, désigne surtout les biens matériels et l’accaparement des richesses. Les Castang possèdent la richesse, mais pas vraiment un capital culturel. Leur fortune semble neuve, agressive, presque vulgaire aux yeux du couple de nordistes : la console portable PSP qui brille entre les mains du gamin, l'écran vidéo intégré à l'arrière du 4x4 flambant neuf et le jacuzzi. On a vraiment un catalogue de la richesse matérielle dans les années 2000.
Cette accumulation d’objets et de biens immobiliers crée une violence symbolique pour le couple chti. D’après l’angle pris par le réalisateur, mais aussi certains documentaires que j’ai regardé à la suite du visionnage du film, le crime se retrouve appuyé, entre autres, par une fracture sociale : tuer les Castang, c'est tenter d'anéantir l'arrogance d'une classe qui affiche son confort face à ceux qui triment.
Au-delà de la stricte opposition de classe, un autre sous-texte crucial aurait pu traverser l'œuvre : le racisme (qui faisait écho aux origines de la famille Flactif dans l'affaire réelle).