D’une intelligence louable, Pour la France renonce aux stéréotypes d’écriture en évitant le film fielleux, trop passionnel et pathétique et en montrant sous un regard moins attendu des personnages issus de l’immigration – au fond, les mêmes Français que les autres, dits de souche, ou presque.
Ce fait divers qui a réellement traversé la vie du cinéaste Rachid Hami, dont le frère est mort à Saint-Cyr des suites d’un « bizutage » devenu l’euphémisant « bahutage » grâce à la magie de la communication, aurait pu conduire celui-ci à un film de révolte, de rage, bref à un cri de désespoir. Or, il refuse cet écueil et affirme avoir tourné un « film politique » plutôt qu’un « film militant », c’est-à-dire qu’au lieu de soutenir une cause politique, sociale ou idéologique en dénonçant une situation jugée injuste, il met en scène le pouvoir politique, ou plutôt la lutte d'un individu contre ce pouvoir, en suscitant la réflexion chez le spectateur. Et force est de constater qu’il dit vrai, le film ne prétendant pas défendre une cause collective mais un combat personnel se limitant à la sphère familiale.
Pourtant, une telle tragédie narrée ainsi trahit certaines faiblesses : elle manque de violence, de larmes et de sang pour être vraisemblable, de sorte qu’on a du mal à croire à une réaction si mitigée de la part des proches. En effet, même si on dit que la réalité est parfois plus invraisemblable que la fiction, la réaction contenue de la mère et le flottement indécis du frère surprennent.
Malgré cela, Rachid Hami écrit une belle histoire, complexe, subtile, pleine de nuances, sur une famille éclatée, aux nombreux traumas et antécédents expliquant les réactions postérieures moins attendues. Si le rythme tombe à certains endroits, la part concédée à la relation fraternelle le relève, dégage un horizon nouveau et permet un autre regard sur les personnages, à des kilomètres des clichés que hélas certains entretiennent eux-mêmes.
Du beau cinéma français.