Power Ballad
5.8
Power Ballad

Film de John Carney (2026)

Autrefois en pleine ascension vers les portes de la célébrité, Rick Power a mis un terme à sa carrière en choisissant de poser ses bagages en Irlande afin de privilégier une vie paisible auprès de sa femme et sa petite fille tout juste née. Depuis, avec un groupe professionnel, le chanteur se contente d'un rôle de "juke-box humain" (dixit un de ses collègues musiciens) en interprétant les succès d'autres durant des mariages.

Un jour, lors de l'un d'entre eux, sa route croise celle de Danny Wilson, l'ex-membre d'un boys band en pleine quête du morceau idéal qui lui permettrait de s'affirmer en solo. Au cours de la soirée particulièrement arrosée et enfumée qui s'ensuit, les deux hommes sympathisent, chantent et se conseillent sur certaines de leurs propres compositions, dont "How To Write A Song Without You", un titre que Rick n'est jamais parvenu à achever.

Six mois plus tard, et sans qu'ils ne se soient jamais recroisés après cette joyeuse nuit, Rick entend par hasard sa chanson dans un centre commercial... et découvre que Danny se l'est appropriée pour la parfaire et devenir numéro un des charts mondiaux avec elle.


"Once", "New York Melody", "Sing Street", "Flora and Son" (plus méconnu car sorti bien trop discrètement sur Apple TV, on ne peut que vous le recommander chaudement) et, aujourd'hui, "Power Ballad"... Si vous ne connaissez pas encore la filmographie de l'irlandais John Carney, sachez juste que vous êtes en train de passer à côté d'un auteur devenu à nos yeux un maître du feel good movie musical qui ne déçoit jamais. Ce "Power Ballad" a beau sans doute être aujourd'hui le plus mineur des titres cités, il n'en demeure pas moins un parfait exemple du talent de ce réalisateur-scénariste pour transformer la musique en carburant du cœur si attachant de ses oeuvres et nous faire vibrer grâce à elle avec les bonheurs ou fêlures de ses personnages.


Sans pour autant s'écarter des codes qui ont fait la renommée des feel good movies d'outre-Manche, Carney parvient en effet à y faire entendre sa propre voix d'auteur, déroulant une partition toujours prête à y déjouer les directions les plus attendues en vue d'y faire briller les pendants les plus humains de ses héros à la recherche de quelque chose de meilleur. Ainsi, et ce même si cette histoire de vol de composition apparaît un peu moins consistante que ses précédentes faits d'armes, "Power Ballad" réussit une fois de plus à éviter l'écueil de la mièvrerie ou les facilités d'une dramédie standarde du genre pour saisir et décupler la portée de la rencontre entre ses deux protagonistes miroirs, reliant leurs destinées par les multiples doubles sens que recouvrent les paroles de la fameuse chanson "How to Write A Song Without You" et, par là même, l'interprétation à donner à la bande originale de nos vies selon le relief de ce que l'on y a ressenti.

Face à la volonté de Danny d'atteindre les étoiles artificielles de la célébrité par le pire des opportunismes, le désespoir qui anime Rick Power sur la façon dont il s'est fait déposséder de mots sortis de son âme trouvera là encore une résolution à coeur ouvert empreinte d'une vérité aussi sincère que touchante, d'un homme bon qui veut seulement faire comprendre à un autre la propre écriture de sa vie et le sens à lui donner pour peut-être lui permettre à lui aussi de grandir, d'éviter des erreurs qu'il commet parfois encore.


Quand on vous dit qu'il y a un énorme cœur qui palpite chez les films de John Carney... Et puis, ici, ses battements ont aussi pour moteurs un formidable Paul Rudd, nous rappelant à quel point il est fait pour ce genre de rôle quand ils sont si bien écrits, et un Nick Jonas très convaincant en néo-star prise en étau entre les remords et l'accomplissement d'un statut tant désiré (tous les seconds rôles sont aussi à saluer), il y a donc de quoi se laisser facilement entraîner par cette "Power Ballad".

RedArrow
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Créée

le 3 juil. 2026

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