Présents
7.1
Présents

Film de Michael Snow ()

Presents de Michael Snow est l'Oeuvre d'un authentique cinéaste, un objet singulier s'écartant partiellement des films-dispositifs plus radicaux que le réalisateur tourna entre la fin des années 60 et le début des années 70... tout en en reprenant certains effets !


Construit en deux parties bien distinctes Presents s'ouvre sur une antichambre visuelle pour le moins curieuse : une image fixe - s'apparentant à un photogramme - dilatée sur plusieurs minutes évolue sur elle-même, étrangement incrustée sur un fond noir s'apparentant lui-même à un drôle d'encadrement. Distordu(e), élastifié(e) le plan-image nous amène par la suite à une séquence de pure re(présent)ation à travers laquelle Michael Snow étudie le mouvement du réel au gré d'un décor amovible, entièrement solidaire de la fixité de sa caméra captatrice. Enfin surgit sous nos yeux les arcanes de la technique intrinsèque à ladite représentation, Snow suggérant l'effet V brechtien en laissant entrevoir le caméraman au travers d'une plaque de plexiglas délibérément visible. Ces trois tronçons cinémato-graphiques ( d'une part le photogramme évolutif et volumineux, d'autre part la séquence de mise en scène, enfin sa démonstration distanciée...) constituent donc la première partie de Presents, véritable manifeste des possibilités de re-présenter un présent et sa réalité structurelle.


La seconde partie de l'Oeuvre de Michael Snow n'est que pur filmage. Alors que tout semblait extrêmement précis et savamment composé dans la première partie du métrage ( caméra posée ou du moins clairement "steady"...) le geste du réalisateur devient désormais pratiquement instinctif en surface : caméra-actrice dévorant le réel comme au temps de la superbe Région Centrale, errances visuelles épousant les lignes de forces et les mouvements d'éléments inhérents aux innombrables plans s'enchaînant à la manière d'une prose éparse ; Michael Snow expose une seconde partie essentiellement régie par le montage et sa métronomie paradoxalement arythmique, au gré de raccords-tambours laissant exister d'incalculables moments présents...


Un film majeur du cinéma structurel, dont l'apparent filmage automatique ne fait qu'admirablement mettre en valeur l'écriture du mouvement propre au Septième Art. Michael Snow se réinvente d'une image à l'autre, livrant une pièce artistique parfaitement déséquilibrée. A voir et à revoir.

stebbins
9
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le 21 nov. 2019

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