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Godardien dans l'idée, Pasolinien dans la forme, Prima della Rivoluzione, emporté par un souffle de révolte impétueux et incontrôlé, a la prétention de déconstruire un cinéma jugé poussiéreux sans pour autant réussir à créer une œuvre totale, rassemblant dans l'absolu les divers partis pris d'un jeune Bertolucci, d'à peine 24 ans à la sortie du film, qui crie mais surtout balbutie un discours confus, incohérent, se cherchant encore.
Tout d'abord, soulignons la liberté de ton de Prima della Rivoluzione qui se manifeste dans l'absence de narration (ou plutôt, le récit devient secondaire, doublé par l'élan poétique), mais aussi à travers les personnages, libres eux aussi, difficilement saisissables, mus par une volonté qui leur échappe (principalement Gina, jouée par Adriana Asti) et enfin par les idées subversives développées (communisme, révolution, nécessité de changement).
Cette liberté se retrouve aussi dans la mise en scène. Outre par les prises de vues «clandestines» dans la rue (sans autorisation semble-t-il, ni préparation), les nombreux travellings latéraux dans la scène du parc par exemple (de gauche à droite puis de droite à gauche; sur la banc, Fabrizio et l'ami face à face mais surtout lorsqu'ils marchent et qu'ils font demi-tour au moment où ils évoquent les prolétaires qui veulent devenir bourgeois) ou le regard porté sur la beauté de Gina (costumes, accessoires, …) et les corps (les plus belles photos certainement, clair-obscur de la chambre avec les corps qui s'enlacent), rappelant au passage le contemporain Les amours d'une blonde de Milos Forman, traduisent l'élégance et l'audace formelles du jeune Bertolucci.
Cette même jeunesse, qui lui permet d'oser sans peur, est atténuée toutefois par un manque de personnalité du réalisateur. En effet, le film, éminemment poétique, emprunte ouvertement sa forme au mentor Pasolini avec qui Bertolucci avait collaboré. Tout aussi présente aussi l'influence nette des Cahiers du Cinéma (voir le discours entre Fabrizio et un ami dans un cinéma après visionnage d'une femme est une femme, qui est une mise en abîme de son point de vue sur le cinéma, à l'intérieur du film et d'un cinéma) et surtout de Godard dont il reprend le ton libre, les idéologies politiques, la récurrence de citations littéraires et filmiques internes, la simplicité du scénario (un homme, une femme, mais sans pistolet) et les goûts (Rosselini, Hitchcock divinisés; le travelling comme forme d'engagement), ce dont Bertolucci ne se cache pas d'ailleurs.
Outre ce absence de maturité, reprochons-lui pour ce premier véritable long-métrage une œuvre incohérente, où la forme et le discours peinent à dialoguer. La théorie de Fabrizio sonne creux, digne d'un personnage romantique (l'absence fréquent de son hors champ créant un silence autistique perçu du point de vue interne de Fabrizio renforce cette idée), anti-romanesque (au contraire du Fabrice stendhalien de La Chartreuse de Parme, dont Bertolucci s'inspire librement, qui dès le début du récit cherche à s'engager auprès de Napoléon et à renier les siens), dont le seul acte “révolutionnaire” est de coucher avec la tante (au contraire de Fabrice, encore une fois, qui ne nouait qu'une relation platonique avec sa tante) amorçant le thème bertoluccien de l'inceste (voir Luna).
Malgré tout, un film intéressant pour comprendre la construction de celui qui allait devenir l'un des meilleurs cinéastes de son temps.
Créée
le 23 oct. 2017
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