Pour son quinzième long métrage, Gus Van Sant s’engage et prouve à qui veut l’entendre que non content d’avoir de plus en plus de talent, il est capable de mettre ce talent au service de plusieurs genres cinématographiques. Il en profite également pour fêter ses retrouvailles avec Matt Damon qu’il n’avait pas dirigé depuis Gerry en 2002. Son nouveau film s’installe donc un pleine ruralité et met en scène l’opposition entre une petite ville et une compagnie de forage gazier, au risque une nouvelle fois de faire passer Hollywood pour un nid de communistes.

On plonge rapidement dans l’actualité, celle de la crise économique qui frappe encore plus fort les plus vulnérables et celle de l’exploitation des gaz de schistes par de puissants industriels qui, en contrepartie de la location de terrains agricoles, promettent des revenus substantiels à des agriculteurs qui, en-dehors des aides publiques, perdent peu à peu tout espoir. C’est là le thème principal du film, on aborde finalement assez peu la question de la fragmentation hydraulique et des substances toxiques utilisées par cette méthode. Gus Van Sant préfère se pencher sur ces deux commerciaux employés de Global, chargés de faire du porte à porte et de faire signer un à un les fermiers pour qu’ils leur louent leurs terrains en échange de revenus semble-t-il confortables.

Matt Damon et Frances McDormand interprètent parfaitement des VRP qui croient sincèrement au bien-fondé de leur démarche, convaincus d’apporter la meilleure solution à une ville désespérée. C’est désarmant et empêche presque de les maudire. Ils jouent parfaitement la sincérité de ceux qui ont foi en leur mission et n’ont pas cette allure de requins que pourraient leur donner certains autres films beaucoup plus manichéens. On reste quand même perplexe devant les faux-semblants que semble imposer cette profession, stupéfaits de les voir, le jour de leur arrivée en ville, acheter chez un « dépanneur » des vêtements du coin histoire de faire plus « couleur locale ». Gus Van Sant voudrait suggérer que la profession de commercial impose une part de manipulation qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Gus Van Sant confirme, surtout depuis Elephant, qu’il a un talent inné pour la belle image, les paysages de campagne sont magnifiques et soulignent le besoin qu’ont leurs propriétaires de les préserver. La narration est plutôt linéaire et ne comporte pas d’aller-retours à la Christopher Nolan, cependant Gus Van Sant nous réserve un twist final qui assoira les plus blasés. Au bout du compte, un film qui démontre et suggère plus qu’il ne montre et amène le spectateur à la réflexion, sans la lourdeur et l’absence de finesse d’un Michael Moore des grands jours. Promised Land ne marque pas autant qu’Elephant, ne frappant pas autant l’imaginaire collectif, il a par contre le mérite de ne pas, une nouvelle fois, faire passer les ruraux pour d’absolus crétins incultes, incestueux et mangeurs d’enfants. Ces gens, financièrement exsangues, sont prêts à faire une croix sur les millions de dollars qu’on leur a promis et font passer la protection de leurs fermes, souvent héritées, avant tout autre impératif. Pour cette seule raison, ce film mérité qu’on s’y attarde.
Jambalaya
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le 6 avr. 2013

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