Public Toilet
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Public Toilet

Film de Fruit Chan (2002)

Co-production entre la Corée du Sud et Hong-Kong, Public Toilet / Hwajangshil eodieyo (2003) de Fruit Chan met en scène une comédie dramatique sur les destins croisés d'hommes et de femmes de Beijing à Pusan en passant par New York et l'Inde.

Perplexe. Septique aussi sur le message livré par un cinéaste de talent et dont pour ma part j'attends beaucoup à chacun de ses films. Public Toilet, c'est quoi ? Une ode aux toilettes publiques ? J'exagère sans doute avec cette interrogation mais on n'est pas loin. L'entreprise est complexe et périlleuse. Fruit Chan s'arme de sa caméra DV pour filmer, voyageant d'un pays à l'autre, d'un continent à l'autre : Asie, Amérique et même Europe. Il nous invite à partager la vie de personnages jusqu'à leur intimité. La caméra DV de Fruit Chan s'égare, flotte, scrute, nage, vole. Elle crée un lien entre tous ces personnages au-delà des frontières et des styles de vie. Une chose les rapproche : un lieu : les toilettes. Fruit Chan interpelle par ce lieu, il communique un point de vue sur des cultures qui nous sont étrangères. Public Toilet c'est la culture d'un pays, son style de vie. On y naît, on y vit, on y meurt.

Déroutant. Dégoûtant aussi d'une certaine manière avec ces lieux intimes dont Fruit Chan ne nous épargne rien. Nous ne sommes pas loin d'une œuvre scatophile si l'on pousse le bouchon. Un lieu intime donc mais aussi et avant tout des lieux de vie créant un certain lien social comme en Chine où l'on profite de cet espace pour communiquer avec les autres puisqu'il n'y a point de cabinet. On fait ses besoins devant les autres, sans gêne, sans être pudique. On vit et vivre c'est aussi uriner, déféquer,... un geste, un lieu où la vie se perpétue avec l'omniprésence de l'eau comme moteur. Fruit Chan n'est pas loin d'embrasser le cinéma de Tsai Ming-liang. L'eau tient une place importante pour le cinéaste taïwanais. Elle coule, suinte, tombe, envahie. Ses personnages boivent, urinent, se baignent. Public Toilet s'argumente de la même façon. Le lien entre ses villes et ses pays se fait par l'eau.

Public Toilet est déconcertant pour qui connaît le cinéma de Fruit Chan. La vérité c'est qu'il est déconcertant tout court pour qui se soit. Le message de cette œuvre ne se révèle pas aussi facilement que cela. Si tout part des toilettes publiques, l'auteur parle également des corps en mouvement, des personnages qui quittent leur ville pour l'étranger à la recherche d'un remède miracle pour une personne proche malade. On suit des pérégrinations, des voyages initiatiques, des chocs de culture, la découverte d'autre monde. Étranger chez soi, étranger au de-là de ses frontières, des personnages qui se cherchent d'une certaine façon. Tous différents mais tous les mêmes. Où que l'on soit, bien que les cultures changent, nous restons intrinsèquement les mêmes individus. Le message ne se révèle pas aussi facilement donc. L'œuvre cacherait-elle un avertissement écologiste ? Poserait-elle la question de la mondialisation et des identités qui se perdent ? Les derniers plans gardent un profond mystère.

Fruit Chan ne réussit pas pleinement son entreprise. Force est de constater que l'on reste encore indécis sur véritablement quoi penser du film. Pour ma part, je n'accroche pas sur tout. L'auteur nous offre de jolie plan c'est indéniable. Pourtant si sur la forme, il n'y a rien à redire c'est beaucoup moins bon sur le fond. La narration manque de souffle et on reste souvent imperméable aux personnages. Un sentiment persiste durant le visionnage, c'est d'assister à un film long et sans fin. On pourrait souligner la mise en place d'éléments fantastiques plutôt intéressants, sans ça Public Toilet reste un mystère qui n'a pas dévoilé tout ses secrets.

Les invendus de Made in Asie #122
IllitchD
6
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le 29 mai 2012

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