Légitimité : tacatac. Unité : tacatac. Efficacité : tchak, tchak, tchak. Sinon, c'est la guerre!

Quand j'ai acheté ce dvd il y a quelques années, je ne savais pas du tout où je mettais les pieds. En voyant le nom de Tavernier à la réalisation, je m'étais dit que je ne prenais pas trop de risques …
Parce que, de voir que c'était tiré d'une BD (que je ne connaissais pas), ne plaidait vraiment pas en sa faveur.
Eh bien ce fut une grande surprise car j'ai trouvé ce film absolument excellent et jubilatoire. C'est la troisième ou quatrième fois que je le vois et le plaisir est toujours le même.


De quoi s'agit-il ? Un ministre des affaires étrangères Alexandre Taillard de Worms, haut en couleur et complètement survolté pour ne pas dire allumé, embauche un petit jeune, Arthur Vlaminck, à peine sorti de l'école pour faire ses discours. Et le jeune Arthur découvre les arcanes du pouvoir, les susceptibilités des collaborateurs, les petites et grandes chausse-trappes, les petits et grands coups fourrés …
Les 114 minutes du film, qu'on ne voit pas passer, consistent, grosso modo, à décrire la genèse, la rédaction puis la mise en œuvre d'un discours à l'ONU.
Bien entendu, tous les noms, situations et même pays sont masqués mais, tout le monde reconnait que derrière ce ministre, se cache Dominique de Villepin et son fameux discours à l'ONU pour acter la décision de la France de ne pas se lancer dans la guerre contre l'Irak.
Mais que de palabres, d'avis contradictoires, de références pseudo philosophiques (fragments d'Héraclite) et pseudo historiques (que personne ne se risquera à en vérifier l'exactitude ni la pertinence), sans oublier l'appel à des écrivains ou à des experts pour ne pas avancer et tourner en rond…
Certes, le film est complètement caricatural mais sur le fond il y a quand même du vrai. Les collaborateurs et les secrétaires sont très crédibles dans le genre "on écoute bien, on en prend un peu et on en laisse beaucoup". Les faux compliments, les petites bassesses, les mouvements entendus ou sous-entendus, qui n'a pas rencontré ça dans sa vie professionnelle ?


Mais le plus beau reste quand même le ministre, Alexandre, une véritable tornade qui balaie tout sur son passage, qui passe son temps à expliquer sa façon de voir en rythmes ternaires "légitimité, unité, efficacité" ou bien "du muscle, du tendon, du nerf" .
Sans oublier encore l'irrésistible scène du stabylo jaune devant les secrétaires blasées et les collaborateurs médusés.
Le ministre, c'est un très surprenant Thierry Lhermitte, bien loin des rôles de Popeye, qui tient là un convaincant rôle comique, limite burlesque, qui n'est pas loin de la satire. Vraiment très réussi.


Parmi les seconds rôles, Niels Arestrup campe l'inamovible directeur de cabinet, Claude Maupas, qui en a vu beaucoup d'autres, et des ministres et des crises, qui ne dit pas grand chose mais qui se tape le vrai boulot et résout les problèmes un après l'autre : une scène d'anthologie entre Thierry Lhermitte et Niels Arestrup : le ministre pérore et soudain le téléphone de Maupas sonne. Le ministre se tait et tout se passe dans les regards. Le ministre s'esquive car il sait que le téléphone c'est la vraie vie et le vrai boulot, que tout le reste ne sont que des mots...


Le film fourmille de gags, de scènes plausibles entre le père du ministre joué par François Perrot, vieille ganache qui se croit encore utile ou un Didier Bezace en éventuel futur Goncourt appelé à la rescousse, qui ne perd pas de vue une légion d'honneur ...
Et j'allais oublier Jane Birkin en un improbable prix Nobel invitée à un (amusant) déjeuner où les collaborateurs profitent que le ministre pérore pour pouvoir s'empiffrer en douce.


Jubilatoire et excellent

JeanG55
8
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le 2 avr. 2021

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JeanG55

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